Chapitre 1 — Le murmure de la forêt de Verre
La forêt de Verre portait bien son nom.
À l’aube, quand le soleil se levait derrière les collines, chaque feuille scintillait comme un morceau de cristal. Les arbres vibraient doucement, comme s’ils respiraient. Et au milieu de cette forêt vivait un petit chat roux, au pelage doux comme un nuage d’automne : Nougat.
Nougat était connu dans tout le royaume pour sa curiosité infinie. Il posait des questions à tout le monde : aux pierres, aux ruisseaux, aux papillons. Il voulait comprendre, toujours comprendre. Et surtout, il voulait aider.
Il avait cette patience rare qui faisait que même les animaux les plus timides venaient se blottir contre lui quand ils avaient peur.
Ce matin-là, Nougat se réveilla avec une sensation étrange dans les moustaches.
Un frisson.
Comme si quelque chose l’appelait.
Il sortit de sa petite maison creusée dans un vieux tronc et leva les yeux vers le ciel. Une lumière minuscule dansait entre les branches. Une luciole… mais pas n’importe laquelle. Elle brillait d’un bleu pâle, presque argenté, comme une étoile tombée du ciel.
Nougat plissa les yeux.
La luciole semblait l’attendre.
— Bonjour, petite lumière, murmura-t-il. Tu veux me montrer quelque chose
La luciole fit un cercle, puis un autre, puis s’élança vers le cœur de la forêt.
Nougat, intrigué, la suivit.
La forêt de Verre était un endroit magique, mais aussi plein de mystères. Les chemins changeaient parfois de place, les pierres chantaient quand on marchait dessus, et les fleurs s’ouvraient seulement quand on leur racontait une histoire.
Nougat avançait avec prudence, mais sans peur. Il connaissait chaque racine, chaque odeur.
Soudain, un bruissement léger se fit entendre derrière lui.
— Nougat… attends-moi…
Il se retourna et sourit.
C’était Opaline, la chatte blanche aux yeux bleus.
Elle avançait avec la grâce d’un flocon de neige, ses pas si silencieux qu’on aurait cru qu’elle flottait.
Opaline était sensible, intuitive, parfois mystérieuse. Elle sentait les émotions comme d’autres sentent le vent. Et elle savait, sans qu’on le lui dise, quand quelqu’un avait besoin d’elle.
— Je t’ai senti inquiet, dit-elle doucement. Alors je suis venue.
Nougat baissa un peu la tête, touché.
— Je ne suis pas inquiet… juste… curieux. Cette luciole m’a réveillé. Elle veut nous guider quelque part.
Opaline observa la petite lumière bleutée qui tournoyait au-dessus d’eux.
— Ce n’est pas une luciole ordinaire, murmura-t-elle. C’est une Lumiétoile. Elles n’apparaissent que quand un enfant, quelque part, a très peur.
Nougat sentit son cœur se serrer.
— Un enfant a peur… de quoi
Opaline ferma les yeux un instant, comme pour écouter un murmure invisible.
— De quelque chose qu’il ne comprend pas. Quelque chose qui pique, qui impressionne, qui fait battre le cœur trop vite.
Je crois… que c’est une peur des soins. Des aiguilles. Des piqûres.
Nougat frissonna.
Il connaissait cette peur.
Il l’avait vue dans les yeux de tant de petits animaux blessés, qui tremblaient avant qu’on ne soigne leurs pattes ou leurs ailes.
— Alors on doit l’aider, dit-il avec détermination. On doit comprendre ce que la Lumiétoile veut nous montrer.
La luciole bleue s’éleva soudain plus haut, puis plongea vers un sentier étroit qu’aucun des deux chats n’avait jamais emprunté.
Un sentier qui semblait… neuf.
Comme s’il venait d’apparaître.
Opaline hocha la tête.
— C’est le Chemin des Premiers Pas. Il n’apparaît que pour ceux qui sont prêts à apprendre quelque chose d’important.
Nougat inspira profondément.
— Alors allons-y.
Le sentier les mena jusqu’à une clairière qu’ils n’avaient jamais vue.
Au centre se dressait un arbre immense, plus grand que tous les autres, avec un tronc argenté et des branches qui semblaient tissées de lumière.
À son pied, une petite porte ronde était incrustée dans l’écorce.
La luciole se posa juste au-dessus.
— Une porte… souffla Nougat. Mais vers où
Opaline posa une patte sur le bois.
Il était tiède, comme s’il battait doucement, comme un cœur.
— Cet arbre… c’est l’Arbre-Mémoire. Il garde les histoires de tous les enfants du royaume. Leurs joies… et leurs peurs.
Nougat sentit une émotion étrange monter en lui.
Comme si quelque chose d’important allait commencer.
— Et derrière cette porte… il y a quoi
Opaline ouvrit les yeux, et dans leur bleu profond brillait une certitude douce.
— Derrière cette porte, Nougat… il y a le chemin pour comprendre ce que ressent un enfant quand il doit recevoir une piqûre, une perfusion, ou un prélèvement.
Et surtout… le chemin pour l’aider à ne plus avoir peur.
La luciole bleue se posa sur la serrure.
Un déclic retentit.
La porte s’ouvrit.
Un souffle de lumière chaude les enveloppa.
Nougat fit un pas.
Puis un autre.
Opaline le suivit.
Et ensemble, ils entrèrent dans l’Arbre-Mémoire.
Sans savoir encore que leur voyage allait les mener à la rencontre d’une aiguille… pas comme les autres.
Une aiguille enchantée, qui ne faisait pas mal.
Une aiguille qui racontait des histoires.
Une aiguille qui allait changer leur vie.
Chapitre 2 — La Salle des Souffles Tremblants
Quand Nougat et Opaline franchirent la petite porte ronde, ils furent aussitôt enveloppés par une lumière douce, presque cotonneuse.
L’intérieur de l’Arbre-Mémoire n’avait rien à voir avec ce qu’ils imaginaient.
Ce n’était pas un simple tronc creux, ni une bibliothèque poussiéreuse.
C’était… un monde.
Un monde fait de couloirs lumineux, de passerelles suspendues, de petites sphères flottantes qui murmuraient des histoires.
Chaque sphère contenait un souvenir d’enfant : un rire, une larme, une peur, une victoire.
Et toutes vibraient ensemble comme un immense cœur.
La Lumiétoile bleue les guida vers un escalier en spirale, sculpté dans une matière translucide qui ressemblait à du verre vivant.
À mesure qu’ils montaient, Nougat sentit quelque chose changer dans l’air.
Une vibration.
Un souffle.
— Tu sens ça, Opaline
Elle hocha doucement la tête.
— Oui. Ce sont les émotions. Elles se rassemblent ici.
Ils arrivèrent devant une grande porte faite de brume argentée.
Sur sa surface ondulaient des silhouettes d’enfants, leurs contours flous, comme dessinés par le vent.
Certains semblaient rire.
D’autres trembler.
La luciole bleue se posa au centre de la porte.
Un souffle chaud s’en échappa, comme un soupir.
— C’est la Salle des Souffles Tremblants, murmura Opaline.
Là où se rassemblent toutes les peurs liées aux soins.
Les piqûres, les prises de sang, les perfusions… tout ce qui impressionne les enfants.
Nougat sentit son cœur se serrer.
Il n’aimait pas l’idée que tant d’enfants puissent avoir peur.
Il voulait comprendre.
Il voulait aider.
La porte s’ouvrit.
La salle était immense.
Un dôme de lumière douce, sans murs visibles, comme si l’espace s’étendait à l’infini.
Au centre, une grande table ronde flottait légèrement au-dessus du sol.
Autour d’elle, des dizaines de petites formes lumineuses tremblaient doucement, comme des flammes fragiles.
Nougat s’approcha de l’une d’elles.
Elle vibrait, palpitait, comme un petit cœur affolé.
— Qu’est-ce que c’est
Opaline posa une patte délicate sur la forme.
— Ce sont les Souffles Tremblants.
Ils naissent quand un enfant a peur d’un soin.
Ils ne sont pas dangereux… juste perdus.
Ils cherchent quelqu’un pour les comprendre.
Nougat sentit une chaleur douce monter en lui.
— Alors… on peut leur parler
Opaline sourit.
— Oui. Mais il faut écouter d’abord.
La Lumiétoile bleue s’éleva au-dessus de la table et projeta une lumière douce sur les Souffles Tremblants.
L’un d’eux se mit à grandir légèrement, comme s’il prenait confiance.
Une voix minuscule s’en échappa.
Une voix d’enfant.
— J’ai peur… j’ai peur que ça fasse mal… j’ai peur de l’aiguille…
Nougat sentit ses moustaches frémir.
Il s’approcha encore.
— Bonjour, petit Souffle. Je m’appelle Nougat. Tu peux me dire ce qui te fait peur
La forme trembla, puis parla à nouveau.
— Je ne comprends pas… pourquoi on me pique… pourquoi on me prend du sang… pourquoi on met un tuyau dans mon bras…
Et si ça faisait très mal
Et si je ne pouvais plus bouger
Et si…
La voix se brisa.
Nougat sentit son cœur se serrer.
Il regarda Opaline, qui s’approcha à son tour.
— Tu sais, dit-elle doucement, parfois, ce qui fait le plus peur… c’est ce qu’on ne comprend pas.
Les soins, les aiguilles, les prises de sang… ce ne sont pas des ennemis.
Ce sont des outils pour aider ton corps à guérir.
Le Souffle Tremblant vibra, hésitant.
— Mais… ça pique…
— Oui, répondit Nougat avec une douceur infinie.
Ça peut piquer un peu.
Comme une petite fourmi qui te touche la peau.
Mais ce n’est jamais pour te faire du mal.
C’est pour t’aider à aller mieux.
Le Souffle sembla réfléchir.
Sa lumière devint un peu plus stable.
— Et… et si j’ai très peur
Opaline s’assit près de lui, sa queue blanche enroulée autour de ses pattes.
— Alors tu peux le dire.
Tu peux respirer doucement.
Tu peux serrer une main, un doudou, ou penser à quelque chose qui te rassure.
Tu peux même fermer les yeux si tu veux.
Les adultes sont là pour t’aider.
Ils savent que tu es courageux, même si tu trembles.
Le Souffle se calma encore.
Sa lumière devint plus chaude.
— Je… je veux comprendre.
Je veux être courageux.
Nougat sourit.
— Et tu l’es déjà.
Tu sais pourquoi
Parce que tu parles de ta peur.
Et ça, c’est la première étape pour la faire disparaître.
La Lumiétoile bleue descendit doucement et toucha le Souffle Tremblant.
Il se mit à briller d’une lumière douce, stable, presque joyeuse.
— Il a compris, murmura Opaline.
Il n’a plus peur comme avant.
Nougat regarda autour de lui.
D’autres Souffles Tremblants attendaient, frémissants, hésitants.
— On doit tous les aider, dit-il avec détermination.
Un par un.
Opaline hocha la tête.
— Oui.
Mais pour cela… il nous faut rencontrer celle qui connaît tous les secrets des soins.
Celle qui peut expliquer chaque geste, chaque outil, chaque sensation.
Nougat cligna des yeux.
— Qui ça
La Lumiétoile bleue s’éleva, traçant un cercle lumineux dans l’air.
Une silhouette apparut dans la lumière.
Fine, élancée, brillante comme un fil d’argent.
Une voix douce résonna.
— Je suis L’Aiguille Enchantée.
Et je vous attendais.
Nougat sentit son cœur bondir.
Opaline retint son souffle.
Le voyage venait de commencer.
Chapitre 3 — L’Aiguille qui Parlait aux Cœurs
L’apparition de la silhouette argentée fit vibrer toute la Salle des Souffles Tremblants.
Les petites flammes lumineuses se calmèrent, comme si une brise douce venait de passer sur elles.
Nougat, les yeux grands ouverts, observait la forme élancée qui se matérialisait peu à peu.
Ce n’était pas une aiguille comme celles qu’on trouve dans les boîtes de couture.
Ni comme celles que les humains utilisent pour soigner.
Celle-ci semblait vivante.
Son corps était fin comme un fil de lune, légèrement courbé, et parcouru de petites étincelles colorées.
À son extrémité, une pointe douce brillait d’une lumière chaude, presque rassurante.
Rien d’effrayant.
Rien de froid.
Opaline inclina légèrement la tête, comme on salue une vieille amie.
— Tu es enfin là, murmura-t-elle.
La voix de l’Aiguille Enchantée résonna comme un tintement de clochette, délicat et apaisant.
— Je viens quand les cœurs tremblent trop fort. Quand les enfants ne comprennent plus pourquoi on les soigne. Quand la peur prend plus de place que la vérité.
Nougat s’approcha, fasciné.
— Tu… tu parles vraiment
L’aiguille rit doucement.
— Je parle aux cœurs, Nougat. Aux émotions. Aux peurs. Aux questions.
Et aujourd’hui, je vais vous parler à vous deux.
Car vous êtes venus pour comprendre.
Et pour aider.
La Lumiétoile bleue tournoya autour d’elle, comme pour la présenter officiellement.
Opaline s’assit, la queue enroulée autour de ses pattes.
— Nous voulons apprendre, dit-elle.
Nous voulons savoir comment expliquer aux enfants ce qu’ils ressentent quand ils doivent recevoir une piqûre, une perfusion, ou un prélèvement.
Nous voulons leur montrer qu’ils ne sont pas seuls.
L’Aiguille Enchantée hocha doucement la tête.
— Alors écoutez.
Car chaque soin a une histoire.
Et chaque histoire peut devenir une lumière.
Elle s’approcha d’un Souffle Tremblant encore hésitant.
Sa lumière vacillait comme une petite flamme battue par le vent.
— Toi, dit-elle doucement, tu as peur de la piqûre, n’est-ce pas
Le Souffle vibra.
— Oui… j’ai peur que ça fasse mal… j’ai peur de ne pas être assez courageux…
L’Aiguille Enchantée se pencha vers lui, et sa pointe lumineuse toucha délicatement la petite forme.
Aucune douleur.
Juste une chaleur douce.
— Laisse-moi te raconter une histoire.
Autour d’eux, la salle s’assombrit légèrement.
Des images se formèrent dans l’air, comme des dessins de lumière.
On y voyait un enfant malade, allongé dans un lit.
Son front était chaud, ses joues pâles.
À côté de lui, un médecin souriait doucement.
— Quand ton corps est malade, expliqua l’Aiguille, il se bat.
Il travaille très fort pour chasser les microbes, réparer ce qui est abîmé, retrouver sa force.
Mais parfois, il a besoin d’aide.
Et cette aide… c’est moi qui la porte.
Nougat cligna des yeux.
— Tu portes… l’aide
— Oui, répondit-elle.
Je porte les médicaments qui vont dans le corps pour l’aider à guérir.
Je porte les vaccins qui apprennent au corps à se défendre.
Je porte les petites gouttes qui disent au corps : « Tu n’es pas seul. Je suis là pour t’aider. »
Le Souffle Tremblant sembla surpris.
— Mais… pourquoi ça pique
L’Aiguille sourit.
— Parce que la peau est une porte.
Une porte très forte, très courageuse, qui protège tout ce qu’il y a à l’intérieur.
Pour entrer, je dois la toucher.
Juste un instant.
Comme une petite fourmi qui passe.
Comme un pincement très rapide.
Et puis… c’est fini.
Les images montrèrent l’enfant recevoir une piqûre.
Il serra la main de sa maman.
Il ferma les yeux.
Et avant même qu’il ne s’en rende compte… c’était terminé.
— Ce n’est pas la douleur qui est grande, continua l’Aiguille.
C’est la peur.
La peur fait croire que tout sera terrible.
Mais la réalité… est beaucoup plus douce.
Le Souffle Tremblant se calma.
Sa lumière devint plus stable.
— Et… et si j’ai encore peur
— Alors tu peux respirer doucement, répondit l’Aiguille.
Tu peux penser à quelque chose que tu aimes.
Tu peux serrer un doudou.
Tu peux demander qu’on te parle, qu’on te raconte une histoire.
Tu peux même demander qu’on te laisse regarder ailleurs.
Tu as le droit d’avoir peur.
Mais tu as aussi le droit d’être aidé.
Nougat sentit une chaleur dans sa poitrine.
— Tu es… incroyable, dit-il.
Tu n’es pas du tout comme les aiguilles dont parlent les animaux.
Tu es… gentille.
L’Aiguille Enchantée rit doucement.
— Je suis ce que les enfants ne voient pas toujours.
La vraie intention derrière le soin.
La douceur derrière le geste.
La lumière derrière la peur.
Opaline s’approcha.
— Et les prises de sang
Et les perfusions
Tu peux nous expliquer aussi
L’Aiguille hocha la tête.
— Oui.
Mais chaque chose en son temps.
Pour comprendre les autres soins, vous devrez traverser d’autres salles.
Rencontrer d’autres guides.
Écouter d’autres Souffles.
Elle se tourna vers la Lumiétoile.
— Montre-leur le chemin.
La petite lumière bleue s’éleva, traçant un arc lumineux vers une nouvelle porte qui venait d’apparaître.
Une porte faite de verre liquide, ondulante, comme un miroir d’eau.
Nougat sentit son cœur battre plus vite.
— Qu’y a-t-il derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle des Gouttes Courageuses.
Là où naissent les histoires des perfusions.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On y va
Il inspira profondément.
— Oui.
On y va.
Et ensemble, guidés par la Lumiétoile, ils franchirent la porte vers la suite de leur voyage.
Chapitre 4 — La Salle des Gouttes Courageuses
La porte de verre liquide ondula doucement lorsque Nougat et Opaline s’en approchèrent.
On aurait dit la surface d’un lac au clair de lune, frémissant sous une brise invisible.
La Lumiétoile bleue se posa juste au centre, et la matière s’écarta comme un rideau d’eau.
Une lumière chaude les enveloppa.
Ils firent un pas.
Puis un autre.
Et la Salle des Gouttes Courageuses se révéla.
C’était un endroit d’une beauté étrange.
Le sol semblait fait d’eau solide, transparent et doux sous les pattes.
Au-dessus d’eux, des milliers de petites gouttes lumineuses flottaient dans l’air, suspendues comme des étoiles tombées du ciel.
Elles brillaient de toutes les couleurs : bleu tendre, rose pâle, vert menthe, doré, argenté.
Certaines gouttes étaient immobiles.
D’autres palpitaient doucement, comme si elles respiraient.
Et d’autres encore se déplaçaient lentement, suivant des chemins invisibles.
Nougat ouvrit grand les yeux.
— C’est… magnifique.
Opaline sourit, ses yeux bleus reflétant les lumières autour d’eux.
— Ce sont les Gouttes Courageuses.
Elles représentent les perfusions.
Chaque goutte est un petit voyage vers le corps d’un enfant.
Nougat cligna des yeux, surpris.
— Les perfusions… ce sont des gouttes
Une voix douce résonna derrière eux.
— Oui.
Des gouttes qui portent de la force, de l’eau, des médicaments, de l’énergie.
Des gouttes qui aident le corps à se réparer.
L’Aiguille Enchantée venait d’apparaître, glissant dans la salle comme un rayon de lune.
Sa lumière argentée se reflétait dans les milliers de gouttes suspendues.
— Les enfants ont souvent peur des perfusions, continua-t-elle.
Parce qu’ils voient un tuyau, un pansement, un support…
Mais en réalité, ce ne sont que des gouttes.
Des petites gouttes courageuses qui entrent doucement dans leur corps pour les aider.
Nougat s’approcha d’une goutte rose pâle.
Elle vibrait légèrement, comme si elle l’attendait.
— Elle… elle n’a pas l’air dangereuse.
— Elle ne l’est pas, répondit l’Aiguille.
Regarde.
Elle toucha la goutte du bout de sa pointe lumineuse.
Aussitôt, une image se forma dans l’air.
Un enfant allongé dans un lit d’hôpital.
Il avait l’air fatigué, un peu pâle.
À côté de lui, une perfusion gouttait doucement, régulière, comme un petit tambour apaisant.
— Cet enfant avait besoin d’eau et de force, expliqua l’Aiguille.
Son corps était fatigué.
Il avait besoin d’aide pour se réhydrater, pour reprendre de l’énergie.
Alors les Gouttes Courageuses sont venues.
Les images montrèrent les gouttes entrer dans le petit tuyau, une par une, comme une file de lucioles.
— Elles entrent doucement, continua l’Aiguille.
Elles ne courent pas.
Elles ne bousculent rien.
Elles avancent lentement, avec respect, pour ne pas faire de mal.
Nougat sentit son cœur se serrer d’émotion.
— Mais… pourquoi les enfants ont-ils peur alors
L’Aiguille Enchantée se tourna vers lui.
— Parce qu’ils voient le matériel.
Le tuyau.
Le support.
Le pansement.
Et tout cela peut sembler impressionnant.
Mais ce qu’ils ne voient pas… ce sont les gouttes.
Les petites gouttes courageuses qui travaillent pour eux.
Opaline s’approcha d’une goutte bleue qui brillait plus fort que les autres.
— Et… ça fait mal
L’Aiguille sourit.
— La perfusion commence par une petite piqûre, comme celle dont nous avons parlé.
Un petit pincement rapide.
Puis… plus rien.
Juste une sensation de tiédeur parfois.
Ou rien du tout.
Ensuite, les gouttes font leur travail, doucement, sans bruit.
Nougat observa les gouttes flotter autour de lui.
— Elles sont… vivantes
— Elles portent la vie, répondit l’Aiguille.
Elles portent ce dont le corps a besoin.
Elles sont comme des petites messagères.
La Lumiétoile bleue s’approcha d’un groupe de gouttes vertes.
Elles se mirent à tourner autour d’elle, comme attirées par sa lumière.
— Celles-ci, dit l’Aiguille, sont les gouttes qui apportent des médicaments.
Elles aident le corps à combattre les microbes.
Elles sont très courageuses, car elles vont là où le corps a le plus besoin d’elles.
Nougat sourit.
— Elles sont comme des petits soldats de lumière.
— Oui, murmura Opaline.
Mais des soldats doux.
Des soldats qui soignent.
L’Aiguille hocha la tête.
— Exactement.
Et quand un enfant reçoit une perfusion, il n’est pas passif.
Il est courageux.
Il laisse les gouttes entrer.
Il leur ouvre la porte.
Il leur fait confiance.
Nougat sentit une chaleur douce dans sa poitrine.
— Alors… une perfusion, ce n’est pas quelque chose de terrible.
C’est… un cadeau.
— Un cadeau de soin, répondit l’Aiguille.
Un cadeau de guérison.
Les gouttes autour d’eux se mirent à briller plus fort, comme si elles approuvaient.
Soudain, une vibration légère parcourut la salle.
Une goutte dorée, plus grande que les autres, se mit à trembler.
Sa lumière vacillait.
Opaline s’approcha.
— Elle a peur…
L’Aiguille Enchantée hocha la tête.
— C’est un Souffle Tremblant lié aux perfusions.
Un enfant qui ne comprend pas pourquoi on lui met un tuyau dans le bras.
Il imagine que c’est dangereux.
Qu’il va être attaché.
Qu’il ne pourra plus bouger.
Nougat s’approcha doucement.
— Petite goutte… tu veux nous dire ce qui te fait peur
La goutte vibra, et une voix minuscule s’en échappa.
— Je… je ne veux pas qu’on me mette un tuyau…
J’ai peur d’être coincé…
J’ai peur que ça fasse mal…
J’ai peur de ne plus pouvoir jouer…
Nougat posa une patte sur la goutte, très doucement.
— Tu ne seras jamais coincé.
Tu ne seras jamais attaché.
La perfusion te suit.
Elle te laisse bouger.
Elle t’accompagne.
Elle ne t’enferme pas.
Opaline ajouta d’une voix douce :
— Et tu pourras jouer à nouveau.
Tu pourras courir, rire, sauter.
Mais pour ça… ton corps a besoin d’un peu d’aide maintenant.
Juste un peu.
Juste le temps qu’il retrouve sa force.
La goutte dorée se calma.
Sa lumière devint plus stable.
— Alors… je peux être courageuse
— Tu l’es déjà, répondit l’Aiguille Enchantée.
Tu as parlé de ta peur.
Et c’est le premier pas vers la lumière.
La goutte se mit à briller d’un éclat doux, presque joyeux.
La Lumiétoile bleue s’éleva soudain, traçant un nouveau chemin lumineux vers une autre porte.
Cette fois, la porte était faite de lumière blanche, pure, presque transparente.
Nougat sentit un frisson.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle des Rivières Rouges.
Là où naissent les histoires des prises de sang.
Opaline posa sa queue contre celle de Nougat.
— On continue
Il inspira profondément.
— Oui.
On continue.
Et ensemble, ils avancèrent vers la prochaine étape de leur voyage.
Chapitre 5 — La Salle des Rivières Rouges
La porte de lumière blanche s’ouvrit dans un souffle silencieux, comme si elle retenait son souffle depuis longtemps.
Une brise tiède s’en échappa, portant avec elle une odeur douce, presque sucrée, qui rappelait les fruits rouges et les feuilles d’automne.
Nougat fit un pas en avant, puis s’arrêta net.
— Oh…
La Salle des Rivières Rouges était… magnifique.
Pas rouge comme la peur.
Pas rouge comme la douleur.
Rouge comme la vie.
Le sol était fait d’une matière translucide, parcourue de fines lignes lumineuses qui serpentaient comme des rivières miniatures.
Elles pulsaient doucement, comme si elles avaient un rythme, un cœur.
Au-dessus d’eux, des rubans de lumière rouge et dorée flottaient dans l’air, ondulant comme des voiles portés par un vent invisible.
Opaline s’avança, fascinée.
— On dirait… des chemins vivants.
L’Aiguille Enchantée apparut à leurs côtés, glissant comme un rayon de lune sur l’eau.
— Ce sont les Rivières Rouges, dit-elle.
Elles représentent le sang.
Pas le sang qui fait peur.
Le sang qui transporte la vie, la chaleur, l’énergie.
Le sang qui raconte l’histoire du corps.
Nougat observa une rivière lumineuse qui passait sous ses pattes.
Elle vibrait doucement, comme si elle lui disait bonjour.
— Je ne savais pas que le sang pouvait être… beau.
L’Aiguille sourit.
— Le sang est un messager.
Il transporte tout ce dont le corps a besoin : l’oxygène, les nutriments, la force.
Et parfois… pour comprendre ce qui se passe dans le corps, les médecins ont besoin d’en prélever une petite goutte.
Juste une.
Pour lire ce que raconte la rivière.
Opaline s’assit, attentive.
— Comme si on ouvrait un livre
— Exactement, répondit l’Aiguille.
Un livre très précieux.
La Lumiétoile bleue s’éleva et toucha l’une des rivières lumineuses.
Aussitôt, une image se forma dans l’air.
Un enfant assis sur une chaise, une infirmière souriante à côté de lui.
L’enfant avait l’air un peu inquiet, mais il tenait un doudou contre lui.
L’infirmière lui parlait doucement.
— Cet enfant doit faire une prise de sang, expliqua l’Aiguille.
Il a peur, comme beaucoup d’enfants.
Il imagine que ce sera long, qu’on va lui prendre beaucoup de sang, qu’il va se sentir faible…
Nougat frissonna.
— Mais ce n’est pas vrai, n’est-ce pas
— Non, répondit l’Aiguille.
On ne prend qu’une toute petite quantité.
Une goutte.
Parfois deux.
Juste assez pour comprendre ce que dit la rivière.
Le corps en fabrique beaucoup, beaucoup plus chaque jour.
Il ne manque jamais de rien.
Opaline hocha la tête.
— Et… ça fait mal
L’Aiguille s’approcha d’une autre rivière.
Elle toucha la lumière du bout de sa pointe.
Une sensation douce se répandit dans la salle.
— C’est un petit pincement, dit-elle.
Comme si quelqu’un pinçait la peau très rapidement.
Un instant.
Puis c’est fini.
Ce n’est pas la douleur qui est grande… c’est l’appréhension.
Nougat s’approcha d’une petite sphère rouge qui flottait près du sol.
Elle tremblait légèrement.
— C’est un Souffle Tremblant, n’est-ce pas
— Oui, répondit l’Aiguille.
Un enfant qui a peur de la prise de sang.
Approche-toi doucement.
Nougat posa une patte délicate sur la sphère.
— Bonjour, petit Souffle. Tu veux nous dire ce qui te fait peur
La sphère vibra, et une voix minuscule s’en échappa.
— J’ai peur… que ça fasse très mal…
J’ai peur qu’on me prenne trop de sang…
J’ai peur de voir le tube…
J’ai peur de ne pas être assez courageux…
Nougat sentit son cœur se serrer.
— Tu sais… dit-il doucement, tu n’es pas obligé de regarder.
Tu peux regarder ailleurs.
Tu peux respirer doucement.
Tu peux serrer un doudou.
Tu peux demander qu’on te parle.
Tu peux même fermer les yeux.
Tu as le droit d’avoir peur.
Mais tu as aussi le droit d’être aidé.
Opaline ajouta :
— Et tu ne perdras jamais trop de sang.
Jamais.
On ne prend qu’une toute petite quantité.
Ton corps en fabrique sans arrêt.
Il est très fort.
La sphère se calma un peu.
— Et… et si je pleure
L’Aiguille Enchantée s’approcha.
— Alors tu pleures.
Et c’est très bien.
Les larmes ne sont pas un signe de faiblesse.
Elles sont un signe que tu ressens les choses.
Et ressentir… c’est être vivant.
La sphère rouge se mit à briller d’une lumière plus douce.
— Je… je crois que je peux essayer d’être courageux.
— Tu l’es déjà, murmura Nougat.
La Lumiétoile bleue s’éleva soudain, traçant un nouveau chemin lumineux vers une autre porte.
Cette fois, la porte était faite d’un mélange de lumière bleue et dorée, comme un lever de soleil.
Nougat sentit un frisson d’excitation.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle des Cœurs Apaisés.
Là où les enfants apprennent à respirer, à se calmer, à apprivoiser leurs émotions pendant les soins.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On y va
Il inspira profondément.
— Oui.
On y va.
Et ensemble, ils avancèrent vers la prochaine étape de leur voyage.
Chapitre 6 — La Salle des Cœurs Apaisés
La porte de lumière bleue et dorée s’ouvrit dans un souffle doux, comme si elle invitait Nougat et Opaline à entrer sans faire de bruit.
Une chaleur tendre les enveloppa, semblable à celle d’un câlin qu’on donne pour rassurer.
La Lumiétoile bleue glissa à l’intérieur, et les deux chats la suivirent.
La Salle des Cœurs Apaisés était différente de toutes les autres.
Ici, rien ne brillait trop fort.
Rien ne bougeait trop vite.
Tout semblait… calme.
Le sol était recouvert d’un tapis de mousse lumineuse, douce comme du coton.
Des coussins de nuages flottaient dans l’air, se déplaçant lentement comme des bateaux sur une mer tranquille.
Au plafond, des lanternes en forme de petites lunes diffusaient une lumière chaude, presque maternelle.
Et surtout…
Il y avait un son.
Un souffle.
Un long souffle régulier, comme une respiration géante qui emplissait toute la salle.
Nougat s’arrêta, fasciné.
— On dirait… que la salle respire.
Opaline ferma les yeux un instant, laissant la vibration douce traverser son corps.
— C’est exactement ça.
C’est la salle où les émotions se calment.
Où les peurs se posent.
Où les cœurs apprennent à respirer.
L’Aiguille Enchantée apparut dans un halo argenté.
— Bienvenue dans l’endroit où naissent les techniques d’apaisement, dit-elle.
Ici, les enfants apprennent comment se sentir plus forts pendant les soins.
Comment apprivoiser leur peur.
Comment retrouver leur souffle.
Nougat observa autour de lui.
Des petites formes lumineuses flottaient dans l’air : des Souffles Tremblants, mais beaucoup plus calmes que ceux qu’ils avaient vus auparavant.
Ils semblaient écouter la respiration de la salle.
— Ils… ils apprennent à se calmer
— Oui, répondit l’Aiguille.
Et vous allez apprendre avec eux.
La Lumiétoile bleue s’approcha d’un grand coussin de nuage et s’y posa.
Le nuage se mit à vibrer doucement, comme un cœur qui bat.
— Approchez, dit l’Aiguille.
Je vais vous montrer la première technique.
Nougat et Opaline s’assirent sur le nuage.
Il était incroyablement doux, comme si on s’enfonçait dans une étreinte.
— La première technique, expliqua l’Aiguille, s’appelle la respiration des vagues.
Elle aide les enfants à calmer leur cœur quand ils ont peur d’une piqûre, d’une perfusion ou d’une prise de sang.
Elle leva sa pointe lumineuse.
Une vague de lumière bleue apparut devant eux, ondulant lentement.
— Inspirez quand la vague monte…
Expirez quand elle redescend…
Nougat inspira profondément.
La vague monta.
Il expira.
La vague descendit.
Une chaleur douce envahit son corps.
— C’est… agréable.
Opaline sourit.
— C’est comme écouter la mer.
— Exactement, dit l’Aiguille.
Quand un enfant respire ainsi, son cœur ralentit.
Ses muscles se détendent.
Sa peur diminue.
Et le soin devient plus facile.
Les Souffles Tremblants autour d’eux imitèrent la vague.
Leur lumière devint plus stable.
L’Aiguille Enchantée fit apparaître une nouvelle image dans l’air.
Un enfant assis sur une chaise, une infirmière à côté de lui.
L’enfant respirait doucement, suivant une vague imaginaire.
— Cet enfant avait très peur, expliqua l’Aiguille.
Mais il a appris la respiration des vagues.
Et maintenant… regarde.
L’enfant ferma les yeux.
L’infirmière fit la piqûre.
L’enfant ne sursauta même pas.
— Il a senti un petit pincement, dit l’Aiguille.
Mais son cœur était calme.
Et quand le cœur est calme… tout devient plus simple.
Nougat sentit une émotion douce monter en lui.
— Je veux apprendre d’autres techniques.
— Tu vas les apprendre, répondit l’Aiguille.
Voici la deuxième.
Elle fit apparaître un petit cercle lumineux, doré et chaud.
— C’est la bulle protectrice.
Les enfants peuvent l’imaginer autour d’eux pendant un soin.
Une bulle qui les protège, qui les rassure, qui les entoure de douceur.
La bulle grandit, enveloppant Nougat et Opaline.
Ils se sentirent immédiatement en sécurité, comme dans un cocon.
— Quand un enfant imagine cette bulle, expliqua l’Aiguille, il se sent moins vulnérable.
Moins impressionné.
Moins seul.
Nougat ferma les yeux.
Il se sentit léger, apaisé.
— C’est… magique.
— Ce n’est pas de la magie, répondit l’Aiguille.
C’est la force de l’imagination.
Et les enfants en ont beaucoup.
La Lumiétoile bleue s’éleva et fit apparaître une troisième image.
Un enfant tenant un doudou contre lui.
— Voici la technique du doudou courageux, dit l’Aiguille.
Quand un enfant serre quelque chose qu’il aime — un doudou, une main, un tissu — son cerveau se sent en sécurité.
Il se dit : « Je ne suis pas seul. Je peux y arriver. »
Opaline sourit.
— C’est comme quand je me blottis contre Nougat quand j’ai peur.
Nougat rougit légèrement.
— Et moi contre toi…
L’Aiguille rit doucement.
— Les câlins sont de puissants apaisants.
Les enfants le savent instinctivement.
Puis elle fit apparaître une dernière image.
Un enfant qui chantonnait doucement pendant un soin.
— Et voici la chanson du courage.
Certains enfants aiment chanter, murmurer, ou compter doucement.
Cela occupe leur esprit.
Cela détourne leur attention.
Et cela rend le soin plus facile.
Nougat hocha la tête.
— Alors… il y a beaucoup de façons d’être courageux.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Et aucune n’est meilleure qu’une autre.
Chaque enfant trouve sa propre lumière.
La salle vibra soudain.
Une nouvelle porte apparut, faite de lumière rose et argentée.
Elle semblait battre comme un cœur.
Nougat sentit un frisson.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle des Parents-Lumières.
Là où vous apprendrez comment les adultes peuvent aider les enfants pendant les soins.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On continue
Il inspira profondément, calmé par la salle.
— Oui.
On continue.
Et ensemble, ils avancèrent vers la prochaine étape de leur voyage.
Chapitre 7 — La Salle des Parents-Lumières
La porte rose et argentée battait doucement, comme un cœur qui attendait.
Quand Nougat et Opaline la franchirent, une vague de chaleur les enveloppa aussitôt.
Pas une chaleur brûlante.
Une chaleur tendre, rassurante, semblable à celle d’une étreinte qu’on donne quand un enfant tremble.
La Salle des Parents-Lumières était vaste, mais elle ne donnait pas l’impression d’être grande.
Elle donnait l’impression d’être… proche.
Comme si chaque recoin murmurait : Tu n’es pas seul.
Le sol était recouvert d’un tapis de lumière douce, semblable à de la laine chaude.
Des silhouettes lumineuses flottaient dans l’air : des formes d’adultes, de parents, de grands-parents, de soignants, de proches.
Elles n’avaient pas de visage, mais elles dégageaient une présence apaisante, presque palpable.
Opaline s’arrêta, émue.
— On dirait… des souvenirs d’amour.
L’Aiguille Enchantée apparut à leurs côtés, sa lumière argentée se mêlant aux silhouettes.
— Ce sont les Parents-Lumières, dit-elle.
Ils représentent tous les adultes qui accompagnent les enfants pendant les soins.
Ceux qui rassurent, qui expliquent, qui tiennent la main, qui essuient les larmes, qui murmurent des mots doux.
Nougat observa une silhouette qui se penchait vers une petite forme lumineuse d’enfant.
La silhouette posait une main de lumière sur son épaule.
L’enfant se calmait aussitôt.
— Ils sont… si importants.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Un enfant peut être très courageux.
Mais un enfant accompagné… est encore plus fort.
La Lumiétoile bleue s’éleva et toucha une silhouette de parent.
Aussitôt, une scène se forma dans l’air.
Un enfant assis sur une chaise d’hôpital.
Il tremblait un peu.
À côté de lui, sa maman lui tenait la main.
Elle lui parlait doucement, lui racontant une histoire qu’il aimait.
— Cet enfant avait très peur, expliqua l’Aiguille.
Mais sa maman était là.
Elle lui a expliqué ce qui allait se passer.
Elle lui a dit qu’elle resterait avec lui.
Elle lui a donné sa main.
Et son courage est revenu.
Nougat sentit une chaleur douce dans sa poitrine.
— Les parents… sont comme des boucliers de lumière.
— Oui, murmura Opaline.
Ils protègent sans empêcher.
Ils rassurent sans mentir.
Ils accompagnent sans forcer.
L’Aiguille hocha la tête.
— Et ils ont un rôle essentiel : mettre des mots sur ce que l’enfant ressent.
Elle fit apparaître une autre scène.
Un papa assis à côté de son enfant.
L’enfant avait les larmes aux yeux.
Le papa lui parlait doucement.
— Tu as peur, je le vois.
C’est normal d’avoir peur.
Mais je suis là.
Et tu vas y arriver.
L’enfant inspira profondément.
Ses épaules se détendirent.
— Quand un adulte reconnaît la peur de l’enfant, expliqua l’Aiguille, la peur diminue.
Parce qu’elle n’est plus un secret.
Elle n’est plus un monstre caché.
Elle devient une émotion qu’on peut apprivoiser.
Nougat hocha la tête.
— Alors… les parents doivent écouter.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Écouter, expliquer, rassurer.
Et surtout… être présents.
La Lumiétoile bleue fit apparaître une troisième scène.
Une infirmière souriante, assise au niveau d’un enfant.
Elle ne se tenait pas debout, au-dessus de lui.
Elle s’était mise à sa hauteur.
Elle lui montrait le matériel, doucement, sans brusquer.
— Voici les soignants-lumières, dit l’Aiguille.
Ils sont essentiels.
Ils expliquent les gestes.
Ils montrent les outils.
Ils disent la vérité, mais avec douceur.
Ils savent que la confiance est la première étape du soin.
Opaline observa la scène avec attention.
— Elle ne cache rien… mais elle n’effraie pas.
— Exactement, répondit l’Aiguille.
Les enfants ont besoin de comprendre.
Pas de tout savoir.
Juste de comprendre ce qui va se passer.
Une quatrième scène apparut.
Une grand-mère assise près d’un enfant, lui chantant une berceuse pendant qu’on lui faisait une prise de sang.
L’enfant souriait, bercé par la voix familière.
— Les proches, dit l’Aiguille, ont un pouvoir immense.
Leur voix, leur odeur, leur présence…
Tout cela rassure l’enfant plus que n’importe quel médicament.
Nougat sourit.
— Alors… un enfant n’est jamais seul pendant un soin.
— Jamais, répondit l’Aiguille.
Même quand il croit l’être.
Il y a toujours une lumière près de lui.
Une main.
Une voix.
Un regard.
Un souvenir.
Une histoire.
La salle vibra soudain.
Une nouvelle porte apparut, faite de lumière violette et or.
Elle semblait pulser comme une étoile prête à éclore.
Nougat sentit un frisson.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle des Histoires qui Guérissent.
Là où vous apprendrez comment les contes, les images, les jeux et l’imagination peuvent aider les enfants pendant les soins.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On continue
Il inspira profondément.
— Oui.
On continue.
Chapitre 8 — La Salle des Histoires qui Guérissent
La porte violette et or s’ouvrit dans un souffle doux, comme si elle dévoilait un secret précieux.
Une pluie de paillettes lumineuses tomba lentement du plafond, se dissolvant avant de toucher le sol.
Nougat et Opaline avancèrent, émerveillés.
La Salle des Histoires qui Guérissent était un lieu où tout semblait possible.
Un lieu où les mots devenaient des ailes.
Où les images prenaient vie.
Où les peurs se transformaient en aventures.
Le sol était recouvert d’un tapis de pages blanches, qui se tournaient doucement comme si un vent invisible les feuilletait.
Des livres flottaient dans l’air, ouverts, leurs phrases s’échappant en petites lucioles de lumière.
Des dessins se formaient et disparaissaient sur les murs, comme des rêves qui se succèdent.
Opaline s’arrêta, fascinée.
— On dirait… un monde fait d’imagination.
L’Aiguille Enchantée apparut dans un halo argenté.
— C’est exactement cela.
Ici naissent les histoires qui aident les enfants pendant les soins.
Les contes qu’on leur raconte pour détourner leur attention.
Les images qu’ils imaginent pour se sentir plus forts.
Les jeux qui transforment la peur en aventure.
Nougat observa un livre qui flottait près de lui.
Il s’ouvrit tout seul, révélant une illustration d’un enfant chevauchant un dragon bleu.
— Les histoires… peuvent vraiment aider pendant une piqûre
— Oui, répondit l’Aiguille.
Elles occupent l’esprit.
Elles apaisent le cœur.
Elles transforment un moment difficile en un moment magique.
La Lumiétoile bleue s’éleva et toucha un livre doré.
Aussitôt, une scène se forma dans l’air.
Un enfant assis sur une chaise d’hôpital.
Il avait l’air inquiet.
À côté de lui, son papa lui racontait une histoire de pirates et de trésors cachés.
Pendant que l’infirmière préparait la piqûre, l’enfant écoutait, les yeux grands ouverts.
Il imaginait les vagues, les bateaux, les coffres remplis d’or.
Quand la piqûre arriva… il ne s’en rendit presque pas compte.
— Les histoires détournent l’attention, expliqua l’Aiguille.
Elles emmènent l’enfant ailleurs.
Dans un endroit où la peur n’a plus de place.
Opaline sourit.
— C’est comme un voyage intérieur.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Un voyage qui guérit.
La Lumiétoile toucha un autre livre.
Cette fois, une image apparut : un enfant dessinant sur une feuille pendant qu’on lui posait une perfusion.
— Le dessin, dit l’Aiguille, est une autre forme d’histoire.
Quand un enfant dessine, il crée un monde.
Il se concentre sur ses couleurs, ses formes, ses idées.
Et le soin devient plus facile.
Nougat observa l’enfant dessiner un soleil immense.
— Il ne pense plus à la perfusion…
— Non.
Il pense à son soleil.
À sa lumière.
À sa joie.
Un troisième livre s’ouvrit.
On y voyait un enfant jouer avec une petite figurine pendant une prise de sang.
Il faisait parler son jouet, lui inventait une mission secrète.
— Le jeu, dit l’Aiguille, est un outil puissant.
Il transforme le soin en aventure.
Il donne à l’enfant un rôle actif.
Il lui permet de se sentir fort, même quand il a peur.
Opaline hocha la tête.
— Les enfants sont des créateurs.
Ils transforment tout ce qu’ils touchent.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Et c’est pour cela que les histoires guérissent.
Parce qu’elles donnent du sens.
Parce qu’elles donnent du courage.
Parce qu’elles donnent de la beauté à un moment difficile.
Soudain, un livre immense descendit du plafond.
Sa couverture était faite de lumière pure.
Il s’ouvrit lentement, révélant une page blanche.
La Lumiétoile bleue se posa dessus.
— Ce livre, dit l’Aiguille, est spécial.
Il contient les histoires que les enfants inventent eux-mêmes pendant les soins.
Des histoires uniques.
Des histoires qui leur appartiennent.
Nougat s’approcha.
— On peut… en écrire une
— Oui, répondit l’Aiguille.
Chaque enfant peut inventer sa propre histoire pour se sentir plus fort.
Un monde où il est un héros.
Un monde où la piqûre devient une clé magique.
Où la perfusion devient une rivière de lumière.
Où la prise de sang devient un message secret envoyé aux guérisseurs.
Opaline sourit.
— C’est magnifique.
— C’est vrai, dit l’Aiguille.
Et vous aussi… vous allez écrire votre histoire.
La page blanche se mit à briller.
Des mots apparurent, comme écrits par une main invisible.
« Nougat et Opaline, les deux chats qui voulaient comprendre la peur pour mieux la transformer. »
Nougat sentit son cœur battre plus vite.
— C’est… notre histoire.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Et elle n’est pas terminée.
La salle vibra soudain.
Une nouvelle porte apparut, faite de lumière verte et argentée.
Elle semblait respirer comme une forêt vivante.
Nougat frissonna.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle des Corps Courageux.
Là où vous apprendrez comment le corps travaille pendant les soins, comment il se défend, comment il guérit.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On continue
Il inspira profondément.
— Oui.
On continue.
Et ensemble, ils avancèrent vers la prochaine étape de leur voyage.
Chapitre 9 — La Salle des Corps Courageux
La porte verte et argentée s’ouvrit dans un souffle vibrant, comme si une forêt entière retenait son haleine avant de les accueillir.
Une lumière douce, couleur mousse et soleil filtré, se répandit autour de Nougat et Opaline.
Ils firent un pas… puis un autre… et la salle se dévoila.
La Salle des Corps Courageux était un monde vivant.
Un monde qui respirait.
Un monde qui battait.
Le sol était recouvert d’herbes lumineuses, qui ondulaient comme des vagues à chaque pas.
Des arbres immenses, aux troncs transparents, laissaient voir à l’intérieur des flux de lumière rouge, bleue et dorée qui circulaient comme des rivières.
Dans l’air flottaient des petites formes rondes, brillantes, qui ressemblaient à des bulles vivantes.
Opaline s’arrêta, émerveillée.
— On dirait… l’intérieur d’un corps.
L’Aiguille Enchantée apparut dans un halo argenté, sa lumière se reflétant dans les rivières lumineuses.
— C’est exactement cela.
Ici, vous allez comprendre comment le corps travaille pendant les soins.
Comment il se défend.
Comment il guérit.
Comment il est, lui aussi, courageux.
Nougat observa une bulle dorée qui flottait près de lui.
Elle vibrait doucement, comme si elle respirait.
— Qu’est-ce que c’est
— Ce sont les Cellules-Lumières, répondit l’Aiguille.
Elles représentent les cellules du corps.
Certaines transportent l’oxygène.
D’autres combattent les microbes.
D’autres réparent les blessures.
Elles travaillent jour et nuit, sans jamais se fatiguer.
Nougat ouvrit grand les yeux.
— Même quand on dort
— Surtout quand on dort, dit l’Aiguille avec un sourire.
Le corps profite du repos pour réparer, ranger, nettoyer, renforcer.
Opaline s’approcha d’un arbre transparent.
À l’intérieur, une rivière rouge pulsait doucement.
— C’est comme… une autoroute.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Le sang transporte tout ce dont le corps a besoin.
Et quand un enfant reçoit un médicament, une perfusion ou un vaccin…
C’est grâce à ces rivières que tout voyage jusqu’à la bonne destination.
La Lumiétoile bleue s’éleva et toucha une bulle blanche.
Aussitôt, une scène se forma dans l’air.
Un enfant malade, allongé dans un lit.
Son corps semblait fatigué.
Mais à l’intérieur… des petites lumières blanches couraient partout, combattant des ombres sombres.
— Ce sont les Défenseurs-Lumières, expliqua l’Aiguille.
Ils protègent le corps contre les microbes.
Ils sont rapides, courageux, déterminés.
Mais parfois… ils ont besoin d’aide.
Nougat hocha la tête.
— Et c’est là que les soins interviennent.
— Oui.
Les médicaments, les perfusions, les vaccins…
Ils ne remplacent pas les Défenseurs-Lumières.
Ils les aident.
Ils leur donnent des outils.
Ils leur montrent comment reconnaître les ennemis.
Ils leur donnent de la force.
Opaline sourit.
— Alors… le corps n’est jamais seul.
— Jamais, répondit l’Aiguille.
Il est une armée de lumière.
La Lumiétoile toucha une autre bulle, cette fois bleue.
Une nouvelle scène apparut.
Un enfant qui venait de recevoir un vaccin.
À l’intérieur de son corps, une petite lumière bleue se multipliait, apprenant aux Défenseurs-Lumières à reconnaître un microbe.
— Les vaccins, dit l’Aiguille, sont comme des professeurs.
Ils apprennent au corps à se défendre avant même qu’un microbe n’arrive.
Ils disent : « Regarde bien cette forme. Si tu la vois un jour, tu sauras quoi faire. »
Nougat sourit.
— C’est comme un entraînement.
— Exactement.
Un entraînement très doux, très rapide, mais très efficace.
Opaline observa une rivière dorée qui circulait dans un arbre.
— Et les perfusions… elles aident comment
L’Aiguille s’approcha.
— Elles apportent ce que le corps n’a plus assez :
de l’eau, de l’énergie, des médicaments, des minéraux.
Elles sont comme des petites rivières de secours.
Elles disent au corps : « Repose-toi. Je t’apporte ce qu’il te manque. »
Nougat sentit une chaleur douce dans sa poitrine.
— Alors… le corps est fort.
Très fort.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Et les soins ne sont pas là pour remplacer sa force.
Ils sont là pour l’aider à la retrouver.
Soudain, une bulle rouge se mit à trembler.
Elle vibrait plus vite que les autres.
Opaline s’approcha.
— Elle a peur…
— Oui, dit l’Aiguille.
C’est un Souffle Tremblant lié au corps.
Un enfant qui croit que son corps est fragile.
Qu’il ne peut pas se défendre.
Qu’il est faible.
Nougat posa une patte sur la bulle.
— Petit Souffle… tu veux nous dire ce qui te fait peur
La bulle vibra, et une voix minuscule s’en échappa.
— J’ai peur… que mon corps ne soit pas assez fort…
J’ai peur qu’il ne guérisse pas…
J’ai peur qu’il soit cassé…
Nougat sentit son cœur se serrer.
— Ton corps n’est pas cassé.
Il est courageux.
Il travaille pour toi, même quand tu ne le vois pas.
Même quand tu dors.
Même quand tu as peur.
Opaline ajouta :
— Et les soins ne sont pas là parce que ton corps est faible.
Ils sont là parce qu’il est fort.
Parce qu’il mérite d’être aidé.
Parce qu’il veut guérir.
La bulle rouge se calma.
Sa lumière devint plus stable.
— Alors… je peux faire confiance à mon corps
— Oui, murmura l’Aiguille.
Tu peux lui faire confiance.
Il est ton premier ami.
La salle vibra soudain.
Une nouvelle porte apparut, faite de lumière turquoise et or.
Elle semblait danser comme une flamme douce.
Nougat sentit un frisson.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle des Questions Sans Fin.
Là où vous entendrez toutes les questions que les enfants se posent pendant les soins…
Et où vous apprendrez à y répondre avec douceur.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On continue
Il inspira profondément.
— Oui.
On continue.
Et ensemble, ils avancèrent vers la prochaine étape de leur voyage.
Chapitre 10 — La Salle des Questions Sans Fin
La porte turquoise et or s’ouvrit dans un souffle léger, comme si elle retenait un rire.
Une brise fraîche, parfumée à la menthe et au miel, glissa autour de Nougat et Opaline.
La Lumiétoile bleue entra la première, virevoltant comme une petite comète joyeuse.
La Salle des Questions Sans Fin était un lieu vibrant, vivant, presque bruyant… mais d’un bruit doux, comme celui d’une rivière pleine de secrets.
Le sol était recouvert de milliers de petites bulles transparentes.
À l’intérieur de chacune, une question tournoyait, écrite en lettres lumineuses.
Certaines bulles flottaient dans l’air, d’autres roulaient doucement au sol, d’autres encore éclataient dans un petit pop de lumière avant de se reformer ailleurs.
Opaline ouvrit grand les yeux.
— On dirait… des pensées d’enfants.
L’Aiguille Enchantée apparut dans un halo argenté.
— C’est exactement cela.
Ici naissent toutes les questions que les enfants se posent pendant les soins.
Celles qu’ils disent à voix haute…
Et celles qu’ils gardent dans leur cœur.
Nougat s’approcha d’une bulle qui vibrait plus vite que les autres.
À l’intérieur, il lut :
« Pourquoi on me pique »
Il posa une patte dessus.
La bulle éclata doucement, libérant une petite lumière qui se mit à parler d’une voix d’enfant.
— Pourquoi on me pique… pourquoi…
Nougat répondit avec douceur :
— Pour t’aider.
Pour que ton corps reçoive ce dont il a besoin.
Pour qu’il guérisse plus vite.
La lumière se calma et disparut dans un souffle.
Opaline s’approcha d’une autre bulle.
À l’intérieur, on lisait :
« Est-ce que ça va faire mal »
Elle posa une patte délicate dessus.
La bulle éclata, libérant une voix tremblante.
— J’ai peur que ça fasse très mal…
Opaline répondit :
— Ça peut piquer un peu, comme une petite fourmi qui touche ta peau.
Mais ça dure très peu de temps.
Et tu peux respirer doucement, serrer un doudou, ou penser à quelque chose que tu aimes.
Tu n’es jamais obligé d’être seul avec ta peur.
La lumière se calma et s’éteignit.
La Lumiétoile bleue s’approcha d’un groupe de bulles qui tournaient en rond, comme si elles étaient perdues.
Nougat en attrapa une au vol.
« Pourquoi on prend mon sang »
La bulle éclata.
— Pourquoi… pourquoi… pourquoi…
L’Aiguille Enchantée répondit elle-même, sa voix douce comme un fil de soie.
— Pour lire ce que ton corps raconte.
Pour comprendre ce dont il a besoin.
Pour savoir comment l’aider.
On ne prend qu’une toute petite quantité.
Ton corps en fabrique beaucoup plus chaque jour.
La lumière se calma.
Opaline attrapa une autre bulle.
« Est-ce que je vais guérir »
La voix qui en sortit était minuscule, fragile.
— Est-ce que… est-ce que je vais aller mieux…
Opaline posa sa queue autour de la petite lumière, comme un câlin.
— Oui.
Ton corps travaille pour toi.
Les soins l’aident.
Les adultes t’accompagnent.
Tu n’es jamais seul.
Et chaque jour, tu deviens un peu plus fort.
La lumière se mit à briller plus fort avant de disparaître.
Nougat attrapa une bulle qui tremblait tellement qu’elle semblait vouloir s’enfuir.
« Et si je pleure »
La voix était pleine de honte.
— Et si je pleure… est-ce que je serai moins courageux…
Nougat secoua doucement la tête.
— Pleurer, c’est être vivant.
C’est ressentir.
Ce n’est pas être faible.
Tu peux pleurer, trembler, serrer une main…
Et être courageux quand même.
Le courage, ce n’est pas ne pas avoir peur.
C’est avancer même quand on a peur.
La lumière se calma, puis s’envola comme une petite étoile.
L’Aiguille Enchantée s’approcha d’un nuage de bulles plus sombres.
Elles vibraient vite, comme des cœurs affolés.
— Ce sont les questions que les enfants n’osent pas dire, murmura-t-elle.
Nougat en toucha une.
« Et si je ne suis pas assez fort »
La voix était presque un souffle.
— Tu es fort, répondit Nougat.
Parce que tu es toi.
Parce que tu te lèves chaque matin.
Parce que tu fais confiance.
Parce que tu avances.
Tu es fort même quand tu ne le vois pas.
Opaline attrapa une autre bulle.
« Et si je fais mal les choses »
Elle répondit :
— Tu ne peux rien faire de mal.
Les soins ne dépendent pas de toi.
Tu n’as qu’à être là.
Respirer.
Te laisser aider.
C’est déjà beaucoup.
Une troisième bulle éclata près de l’Aiguille.
« Et si je déçois »
L’Aiguille répondit d’une voix douce et ferme.
— Tu ne déçois jamais.
Jamais.
Tu fais de ton mieux.
Et ton mieux est toujours suffisant.
La salle vibra soudain.
Les bulles se mirent à tourner autour de Nougat, Opaline et l’Aiguille, comme si elles les remerciaient.
Puis une nouvelle porte apparut.
Une porte immense, faite de lumière blanche et dorée, comme un lever de soleil.
Nougat sentit son cœur battre plus vite.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée sourit.
— La Salle du Grand Courage.
Là où vous découvrirez comment les enfants deviennent des héros…
Et comment vous aussi, vous allez devoir affronter votre propre épreuve.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On continue
Il inspira profondément.
— Oui.
On continue.
Et ensemble, ils avancèrent vers la prochaine étape de leur voyage.
Chapitre 11 — La Salle du Grand Courage
La porte de lumière blanche et dorée s’ouvrit dans un souffle profond, comme si elle dévoilait un lever de soleil.
Une chaleur douce, presque solennelle, se répandit dans l’air.
Nougat et Opaline firent un pas… puis un autre… et la salle se révéla.
La Salle du Grand Courage n’était pas comme les autres.
Elle n’était ni brillante, ni bruyante, ni remplie de formes lumineuses.
Elle était… simple.
Un sol de pierre claire.
Un ciel sans plafond.
Un silence qui n’était pas vide, mais plein de quelque chose d’important.
Opaline frissonna.
— On dirait… un endroit où on doit se montrer tels que nous sommes.
L’Aiguille Enchantée apparut dans un halo argenté, mais cette fois, sa lumière semblait plus douce, presque humble.
— C’est exactement cela.
Ici, vous ne viendrez pas apprendre.
Vous viendrez ressentir.
Car pour comprendre vraiment ce que vivent les enfants…
Vous devez traverser une épreuve vous aussi.
Nougat sentit son cœur battre plus vite.
— Une épreuve… comme quoi
L’Aiguille sourit.
— Une épreuve de confiance.
Une épreuve de lumière.
Une épreuve de courage.
La Lumiétoile bleue s’éleva et traça un cercle lumineux au sol.
Le cercle se mit à briller, puis à s’élever lentement, formant une sorte de dôme transparent.
— Approchez, dit l’Aiguille.
Entrez dans le Cercle du Grand Courage.
Nougat hésita.
Opaline posa sa queue contre la sienne.
— On y va ensemble.
Ils entrèrent.
Le dôme se referma doucement autour d’eux.
Aussitôt, la salle changea.
Le sol devint plus sombre.
Le ciel se couvrit de nuages.
Un vent léger se leva, portant avec lui des murmures.
Des murmures de peur.
— Et si ça fait mal…
— Et si je n’y arrive pas…
— Et si je suis trop petit…
— Et si je pleure…
Nougat sentit ses moustaches trembler.
Opaline sentit son cœur battre plus vite.
— Ce sont… les peurs des enfants, murmura-t-elle.
— Oui, répondit l’Aiguille.
Et maintenant… elles vous traversent.
Comme elles traversent les enfants.
Nougat inspira profondément.
Il sentit une boule dans sa gorge.
Une sensation étrange, comme un pincement invisible.
— Je… je n’aime pas ça.
— C’est normal, dit l’Aiguille.
La peur n’est jamais agréable.
Mais elle n’est pas dangereuse.
Elle n’est qu’un passage.
Soudain, une lumière apparut devant eux.
Une petite lumière bleue, semblable à une goutte d’étoile.
— C’est quoi… murmura Nougat.
— C’est la sensation, répondit l’Aiguille.
La sensation que ressent un enfant juste avant un soin.
Un mélange de tension, d’appréhension, d’inconnu.
La lumière s’approcha.
Elle toucha doucement la patte de Nougat.
Un petit picotement.
Rien de douloureux.
Juste… un pincement rapide.
Nougat sursauta.
— Oh !
C’était… bizarre.
Opaline sentit la lumière toucher sa patte à elle aussi.
Un petit frisson.
Un pincement.
Puis plus rien.
— Ce n’est pas… si terrible, dit-elle.
— Non, répondit l’Aiguille.
C’est rapide.
C’est surprenant.
Mais ce n’est pas dangereux.
Le dôme changea encore.
Cette fois, une sensation de tiédeur se répandit dans leurs pattes.
Comme une petite vague douce.
— C’est… agréable, murmura Nougat.
— C’est la sensation d’une perfusion, expliqua l’Aiguille.
Une chaleur douce qui entre dans le corps.
Rien de plus.
Opaline ferma les yeux.
— Je comprends mieux maintenant.
Ce n’est pas la douleur qui fait peur…
C’est l’inconnu.
— Exactement, dit l’Aiguille.
Et maintenant que vous avez ressenti…
Vous pouvez expliquer.
Vous pouvez rassurer.
Vous pouvez accompagner.
Le dôme s’illumina soudain.
Les nuages disparurent.
Le sol redevint clair.
La lumière revint.
La Lumiétoile bleue descendit et se posa entre eux.
— Vous avez traversé l’épreuve, dit l’Aiguille.
Vous avez ressenti ce que ressentent les enfants.
Vous avez compris leur courage.
Et vous avez trouvé le vôtre.
Nougat sentit une chaleur douce dans sa poitrine.
— Je… je me sens différent.
Opaline hocha la tête.
— Moi aussi.
Plus forte.
Plus douce.
Plus… capable.
L’Aiguille sourit.
— Alors vous êtes prêts pour la dernière étape.
Une nouvelle porte apparut.
La plus grande de toutes.
Faite de lumière pure, blanche et dorée, comme un soleil qui se lève.
Nougat sentit son cœur bondir.
— Et derrière cette porte
L’Aiguille Enchantée répondit d’une voix douce et solennelle :
— La Salle de la Grande Lumière.
Là où tout ce que vous avez appris prendra sens.
Là où vous découvrirez la vérité de la Lumiétoile.
Là où votre voyage trouvera son but.
Opaline posa une patte sur l’épaule de Nougat.
— On continue.
Il inspira profondément.
— Oui.
On continue.
Et ensemble, ils avancèrent vers la dernière étape de leur voyage.
Chapitre 12 — La Salle de la Grande Lumière
La porte de lumière pure s’ouvrit dans un souffle profond, comme si elle dévoilait le cœur même de l’Arbre-Mémoire.
Une clarté douce, presque vivante, se répandit autour de Nougat et Opaline.
Pas une lumière qui éblouit.
Une lumière qui réchauffe.
Qui enveloppe.
Qui comprend.
La Lumiétoile bleue entra la première, traçant un chemin scintillant devant eux.
Nougat inspira profondément.
Opaline posa sa queue contre la sienne.
Et ensemble, ils franchirent la porte.
La Salle de la Grande Lumière était immense.
Mais elle ne donnait pas l’impression d’être grande.
Elle donnait l’impression d’être… infinie.
Le sol était fait d’une matière douce, presque liquide, qui reflétait leurs pas comme un miroir d’eau.
Le ciel était un dôme de lumière blanche, parsemé de milliers de petites étoiles dorées.
Chaque étoile semblait vibrer d’une émotion, d’un souvenir, d’un souffle.
Opaline murmura :
— On dirait… les cœurs des enfants.
L’Aiguille Enchantée apparut dans un halo argenté, mais cette fois, sa lumière semblait plus forte, plus profonde, comme si elle révélait enfin sa vraie nature.
— Ce sont les cœurs des enfants, dit-elle.
Leurs peurs.
Leurs forces.
Leurs questions.
Leurs espoirs.
Tout ce que vous avez traversé… vient d’eux.
Nougat sentit une chaleur douce monter en lui.
— Alors… tout ce voyage… c’était pour comprendre les enfants
— Oui, répondit l’Aiguille.
Mais pas seulement.
C’était aussi pour comprendre la lumière qui les habite.
Et la lumière qui vous habite.
La Lumiétoile bleue s’éleva soudain, plus haut que jamais.
Elle brilla si fort que toute la salle sembla respirer avec elle.
Puis… elle se divisa.
Une seconde Lumiétoile apparut.
Puis une troisième.
Puis une centaine.
Puis des milliers.
Elles tourbillonnaient autour de Nougat et Opaline, comme une pluie d’étoiles vivantes.
Opaline leva les yeux, émerveillée.
— Qu’est-ce que… c’est
L’Aiguille sourit.
— Ce sont les Lumiétoiles du Courage.
Elles naissent chaque fois qu’un enfant affronte un soin.
Chaque fois qu’il respire malgré la peur.
Chaque fois qu’il serre une main.
Chaque fois qu’il pleure… mais avance quand même.
Nougat sentit ses yeux picoter.
— Alors… chaque enfant… crée une lumière
— Oui, répondit l’Aiguille.
Et aucune lumière n’est petite.
Aucune lumière n’est faible.
Chaque Lumiétoile est un acte de courage.
La salle vibra doucement.
Les Lumiétoiles se rassemblèrent au-dessus d’eux, formant une immense constellation.
Au centre… une étoile plus grande que les autres.
Bleue.
Pulsante.
Vivante.
Nougat la reconnut.
— C’est… celle qui nous a guidés.
— Oui, dit l’Aiguille.
Et il est temps que vous sachiez la vérité.
La grande Lumiétoile descendit lentement.
Elle se posa juste devant eux.
Sa lumière se fit douce, presque timide.
Une voix minuscule s’en échappa.
Une voix d’enfant.
— J’avais peur…
Nougat sentit son cœur se serrer.
— Tu… tu es un enfant
— Oui, murmura la Lumiétoile.
Je suis la peur d’un enfant.
Sa peur des piqûres.
Des prises de sang.
Des perfusions.
Je tremblais si fort… que je me suis transformée en Lumiétoile.
Pour chercher de l’aide.
Pour comprendre.
Pour être rassurée.
Opaline s’approcha doucement.
— Et tu as trouvé Nougat et moi.
— Oui, répondit la Lumiétoile.
Et grâce à vous… je n’ai plus peur comme avant.
Nougat sentit une larme glisser sur sa joue.
— Alors… tout ce voyage… c’était pour toi
— Pour moi… et pour tous les enfants qui ont peur.
Pour leur montrer qu’ils ne sont pas seuls.
Que leur corps est courageux.
Que les soins sont là pour les aider.
Que les adultes les accompagnent.
Que les histoires les protègent.
Que leurs questions ont des réponses.
Et que leur lumière… ne s’éteint jamais.
La Lumiétoile se mit à briller plus fort.
Sa lumière enveloppa Nougat et Opaline.
Ils sentirent une chaleur douce, profonde, qui les traversa comme un souffle.
— Vous avez appris, dit l’Aiguille.
Vous avez compris.
Vous avez ressenti.
Vous avez accompagné.
La lumière devint encore plus intense.
— Et maintenant… vous allez transmettre.
Nougat cligna des yeux.
— Transmettre… quoi
— La lumière, répondit l’Aiguille.
La douceur.
La compréhension.
Le courage.
Les histoires.
Les réponses.
Tout ce que vous avez découvert ici.
Opaline sourit.
— Nous le ferons.
— Je le sais, dit l’Aiguille.
Car vous êtes devenus… des Gardiens de Lumière.
La salle se mit à tourner doucement.
Les Lumiétoiles s’élevèrent, formant une spirale brillante.
La grande Lumiétoile bleue monta au centre, comme un soleil naissant.
Puis… tout devint blanc.
Un souffle.
Un battement.
Un silence.
Et Nougat et Opaline se retrouvèrent devant l’Arbre-Mémoire, à l’entrée de la forêt de Verre.
La petite porte ronde se referma derrière eux.
La Lumiétoile bleue brillait encore, juste au-dessus de leurs têtes.
— Merci, murmura-t-elle.
Merci de m’avoir aidée.
Puis elle s’éleva dans le ciel…
Et disparut parmi les étoiles.
Nougat regarda Opaline.
— On a vraiment vécu tout ça
— Oui, répondit-elle.
Et maintenant… on sait.
On sait comment aider.
Comment rassurer.
Comment éclairer.
Nougat sourit.
— Alors allons raconter notre histoire.
Opaline hocha la tête.
— Oui.
Allons porter la lumière.
Et ensemble, ils s’enfoncèrent dans la forêt de Verre, prêts à transmettre tout ce qu’ils avaient appris.
Prêts à devenir, pour chaque enfant qui tremble…
Une Lumiétoile.
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