🌸Le jardin des secrets🌸

 Le jardin des secrets 



🌸 Chapitre 1 — La Porte du Jardin

Le jour se levait lentement sur la vallée, comme un grand rideau de lumière qu’on soulève avec douceur. Les premières lueurs du matin glissaient sur les collines, caressaient les feuilles encore perlées de rosée, et réveillaient les fleurs qui dormaient serrées les unes contre les autres. Dans ce monde paisible, un bruissement léger se fit entendre : c’était Nougat, le chat roux, qui avançait d’un pas souple entre les herbes hautes.

Son pelage flamboyait sous le soleil naissant, et ses yeux ambrés pétillaient de curiosité. Nougat adorait explorer. Chaque matin, il avait l’impression que le Jardin lui réservait une surprise. Une nouvelle odeur, une nouvelle couleur, un nouveau son. Il vivait chaque détail comme un trésor.

Un peu plus loin, sur un rocher lisse chauffé par les premiers rayons, se tenait Opaline. Sa fourrure blanche semblait absorber la lumière, et ses yeux bleus, profonds comme deux lacs tranquilles, observaient le monde avec une sagesse silencieuse. Elle ne bougeait presque pas, mais on sentait qu’elle percevait tout : le frémissement des feuilles, le souffle du vent, les secrets que la nature murmurait.

Tu es déjà réveillée ? lança Nougat en trottinant vers elle.

Opaline tourna la tête avec lenteur, comme si elle sortait d’un rêve.
Le Jardin m’a appelée, répondit-elle d’une voix douce que seuls les animaux sensibles pouvaient entendre. Il se passe quelque chose aujourd’hui.

Nougat dressa les oreilles.
Quelque chose ? Comme une aventure ?

Opaline sourit légèrement.
Une aventure, oui… mais pas comme celles où l’on court après des papillons ou où l’on grimpe aux arbres. C’est une aventure intérieure. Une aventure qui parle de ce que l’on ressent, de ce que l’on devient.

Nougat fronça les sourcils.
Je ne comprends pas.

Opaline descendit de son rocher et s’approcha de lui.
Tu sais, Nougat… dans la vie, il y a des moments où l’on change. Pas seulement dans son corps, mais aussi dans son cœur. On ressent des choses nouvelles : de la gêne, de la fierté, de la tendresse, de la pudeur. Parfois, on ne sait pas pourquoi. Et c’est normal.

Nougat baissa la tête, pensif.
Moi aussi, parfois, je me sens… différent. Comme si quelque chose grandissait en moi, mais je ne sais pas quoi.

Opaline hocha la tête.
C’est exactement cela. Et le Jardin le sait. Il sent quand les êtres commencent à se poser des questions. Alors il s’ouvre, pour les guider.

À cet instant précis, un souffle de vent parcourut la clairière. Les herbes se courbèrent comme si elles saluaient quelqu’un. Les fleurs se tournèrent toutes dans la même direction. Et devant Nougat et Opaline, un phénomène étrange se produisit.

Les branches de deux vieux saules se mirent à bouger, lentement d’abord, puis avec plus d’assurance. Elles s’entrelacèrent, se tissèrent, se nouèrent, jusqu’à former une arche majestueuse. Des lianes descendirent du sommet, ornées de petites fleurs lumineuses qui semblaient respirer.

Nougat ouvrit grand les yeux.
Je n’ai jamais vu ça !

C’est normal, répondit Opaline. La Porte du Jardin n’apparaît que lorsque quelqu’un est prêt à découvrir un nouveau chemin.

Nougat s’approcha, fasciné.
Un nouveau chemin ?

Oui, dit Opaline. Celui de la connaissance de soi. Celui où l’on apprend ce que signifie grandir, ressentir, se respecter, comprendre ses limites et celles des autres. Le Jardin va nous montrer tout cela, mais à sa manière : avec des fleurs qui parlent, des arbres qui enseignent, des ruisseaux qui racontent.

Nougat sentit son cœur battre un peu plus vite.
Mais… pourquoi nous ?

Opaline posa sa queue contre la sienne, dans un geste rassurant.
Parce que nous sommes curieux, attentifs, et prêts à écouter. Et parce que beaucoup d’enfants, là dehors, ont besoin de comprendre ces choses. Nous allons devenir leurs guides, leurs compagnons. Nous allons leur montrer que grandir n’est pas effrayant, que la pudeur est une fleur délicate, que les émotions sont des saisons, et que chacun a le droit d’avoir son propre espace.

Le vent souffla à nouveau, plus fort cette fois. L’arche s’illumina d’une lueur douce, comme une invitation.

Nougat inspira profondément.
Il avait un peu peur.
Mais il avait surtout envie de savoir.

Opaline… est-ce que tu viens avec moi ?

Toujours, répondit-elle.

Alors, côte à côte, les deux chats franchirent la Porte du Jardin.

Derrière eux, les fleurs se refermèrent doucement, comme pour garder le secret de leur passage.
Devant eux, un monde nouveau s’ouvrait, vibrant, mystérieux, prêt à leur enseigner les secrets de la croissance, de l’intimité, des émotions et du respect.

Le Jardin des Secrets venait de commencer à parler.


🌼 Chapitre 2 — Les Fleurs de la Pudeur


Le Jardin des Secrets s’ouvrait devant Nougat et Opaline comme un monde nouveau. À peine avaient-ils franchi l’arche que l’air sembla changer. Il était plus doux, plus tiède, comme une caresse invisible. Les couleurs aussi paraissaient différentes : plus profondes, plus vibrantes, comme si chaque pétale avait été peint avec un pinceau magique.

Nougat avança prudemment, les moustaches frémissantes.
On dirait que tout nous observe… murmura-t-il.

Opaline sourit.
Le Jardin ne regarde pas pour juger. Il regarde pour comprendre. Et pour t’aider à te comprendre toi-même.

Ils marchèrent sur un sentier de mousse moelleuse. À chaque pas, la mousse s’illuminait d’une lueur pastel, comme si elle accueillait leurs pas avec bienveillance. Au bout du chemin, une clairière apparut, entourée de fleurs hautes et délicates. Elles formaient un cercle parfait, comme une petite salle naturelle.

Nougat s’arrêta net.
Elles sont magnifiques… mais elles ont l’air timides.

En effet, les fleurs se tenaient droites, mais leurs pétales étaient légèrement refermés, comme si elles hésitaient à se montrer. Certaines tremblaient doucement, d’autres se balançaient avec pudeur.

Opaline s’assit au centre du cercle.
Ce sont les Fleurs de la Pudeur, expliqua-t-elle. Elles poussent quand quelqu’un commence à ressentir des choses nouvelles dans son corps ou dans son cœur. Elles sont sensibles, fragiles, mais très importantes.

Nougat s’approcha d’une fleur rose pâle.
Pourquoi elles se cachent ?

Parce que la pudeur, c’est comme un rideau léger, répondit Opaline. Il protège ce qui est précieux. Quand on grandit, on découvre des parties de soi qu’on n’a pas envie de montrer à tout le monde. On ressent parfois de la gêne, ou l’envie d’être seul. Ce n’est pas de la peur. C’est du respect pour soi-même.

Nougat réfléchit.
Moi aussi, parfois, je n’aime pas qu’on me regarde quand je me lave. Ou quand je suis triste.

Opaline hocha la tête.
C’est exactement cela. La pudeur, c’est un petit jardin intérieur. On choisit qui peut y entrer. Et on a le droit de dire non.

À cet instant, une des fleurs s’ouvrit légèrement, comme si elle avait entendu leurs paroles. Ses pétales dévoilèrent un cœur lumineux, doux comme une lanterne.

Nougat écarquilla les yeux.
Elle s’est ouverte !

Les Fleurs de la Pudeur s’ouvrent quand on comprend qu’on a le droit d’avoir des limites, expliqua Opaline. Elles s’ouvrent quand on se respecte.

Nougat s’assit à côté d’elle.
Mais… si quelqu’un veut entrer dans mon jardin intérieur, comment je fais pour dire non sans être méchant ?

Opaline posa sa queue sur son dos, comme une écharpe rassurante.
Dire non n’est jamais méchant quand c’est pour se protéger. On peut dire non avec douceur, avec calme. On peut dire : “Je préfère être seul”, “Je ne suis pas à l’aise”, “Je n’ai pas envie maintenant”. Le Jardin nous apprend que chacun a son espace, et que cet espace doit être respecté.

Les fleurs se mirent à frémir, comme si elles approuvaient. Certaines s’ouvrirent un peu plus, d’autres restèrent fermées, et Nougat comprit que c’était normal.
Elles ne s’ouvrent pas toutes en même temps…

Parce que chacun avance à son rythme, répondit Opaline. La pudeur n’est pas la même pour tout le monde. Certains se sentent à l’aise très vite. D’autres ont besoin de temps. Et c’est très bien ainsi.

Nougat observa les fleurs, fasciné.
Elles sont belles, même quand elles sont fermées.

Oui, dit Opaline. Parce que la pudeur n’est pas une faiblesse. C’est une force douce. Elle dit : “Je me respecte.”

Un léger vent passa, faisant danser les pétales. Une pluie de petites étincelles tomba autour d’eux, comme si le Jardin les remerciait d’avoir compris.

Nougat se leva, le cœur plus léger.
Je crois que je comprends un peu mieux ce que je ressens parfois. Ce n’est pas de la honte. C’est juste… moi.

Opaline sourit.
Et c’est un très beau début.

Ils quittèrent la clairière, laissant derrière eux les Fleurs de la Pudeur, qui continuaient de s’ouvrir et de se fermer au rythme de leurs propres secrets.

Le Jardin avait encore beaucoup à leur apprendre.


🌊 Chapitre 3 — Le Ruisseau des Émotions

Nougat et Opaline marchaient depuis un moment déjà, guidés par les lueurs douces du Jardin. Après la clairière des Fleurs de la Pudeur, le sentier devint plus sinueux, bordé de petites pierres rondes qui semblaient avoir été polies par des milliers de pas. L’air changea encore : il devint plus frais, plus vibrant, comme si quelque chose frémissait tout près.

Un murmure se fit entendre. Pas un murmure de feuilles, ni de vent. C’était un son plus fluide, plus vivant.

Tu entends ? demanda Nougat en dressant les oreilles.

Opaline hocha doucement la tête.
Oui. C’est le Ruisseau des Émotions. Il apparaît quand on commence à se demander pourquoi on ressent tant de choses différentes.

Ils avancèrent encore un peu, et soudain, le ruisseau se dévoila. Il serpentait entre les pierres, clair comme du cristal, mais ses couleurs changeaient sans cesse : tantôt bleu profond, tantôt rose tendre, parfois doré, parfois argenté. Chaque nuance semblait raconter une histoire.

Nougat s’approcha du bord.
On dirait qu’il est vivant…

Il l’est, répondit Opaline. Ce ruisseau reflète ce que les êtres ressentent. Les émotions coulent comme l’eau : parfois calmes, parfois rapides, parfois troubles, parfois limpides.

Nougat observa l’eau. À un endroit, elle scintillait comme un rire. À un autre, elle ondulait doucement, comme une caresse. Puis, un peu plus loin, elle formait de petites vagues nerveuses.

Pourquoi elle bouge comme ça ?

Opaline s’assit près de lui.
Parce que les émotions ne sont jamais toutes pareilles. Il y a la joie, qui danse comme une lumière. La tristesse, qui coule lentement. La colère, qui fait des remous. La peur, qui fait trembler la surface. Et puis il y a la tendresse, la curiosité, la gêne… toutes ces émotions qui apparaissent quand on grandit.

Nougat pencha la tête.
Mais pourquoi on ressent tout ça ? Parfois je suis content, et juste après je suis inquiet. Ou je suis fier, puis soudain j’ai envie de me cacher.

Opaline posa sa patte sur la sienne.
Parce que grandir, c’est comme apprendre à écouter un orchestre. Au début, tous les instruments jouent en même temps, et on ne comprend rien. Mais petit à petit, on apprend à reconnaître chaque son. Chaque émotion a sa musique. Et aucune n’est mauvaise.

Le ruisseau sembla approuver : une vague douce vint lécher la pierre où ils étaient assis.

Nougat regarda son reflet dans l’eau. Son visage se déformait légèrement au rythme des ondulations.
Et si je ne comprends pas ce que je ressens ?

Alors tu peux t’arrêter, respirer, et regarder ton reflet, dit Opaline. Le ruisseau t’aidera. Il ne juge pas. Il montre seulement ce qui existe.

Nougat observa encore. À mesure qu’il se calmait, l’eau devenait plus claire.
Je crois que je vois… de la lumière. Et un peu de nuages aussi.

C’est normal, répondit Opaline. Personne n’a un ciel toujours bleu. Les émotions changent, comme les saisons. L’important, c’est de savoir que toutes ont leur place.

Le ruisseau se mit alors à chanter. Pas avec des mots, mais avec un son doux, presque musical. Les couleurs se mélangèrent, formant des spirales lumineuses.

Il chante ? s’étonna Nougat.

Oui. Quand quelqu’un accepte ce qu’il ressent, le ruisseau chante. C’est sa façon de dire : “Tu es sur le bon chemin.”

Nougat sourit, apaisé.
Alors… je peux ressentir beaucoup de choses, même si je ne comprends pas tout ?

Bien sûr, répondit Opaline. Les émotions ne sont pas des énigmes à résoudre. Ce sont des messages. Elles disent : “Tu changes”, “Tu découvres”, “Tu apprends”. Et tu as le droit de les écouter à ton rythme.

Ils restèrent un moment silencieux, bercés par le chant du ruisseau. Puis Opaline se leva.

Viens. Le Jardin veut nous montrer autre chose. Les émotions sont un début, mais il y a encore tant à découvrir.

Nougat jeta un dernier regard à l’eau changeante.
Il se sentait un peu plus grand.
Un peu plus clair à l’intérieur.

Et ensemble, ils reprirent le chemin.


🍃 Chapitre 4 — Le Bosquet des Limites

Le sentier quittait peu à peu le bord du ruisseau. L’air devenait plus calme, presque immobile, comme si le Jardin retenait son souffle. Nougat avançait d’un pas léger, encore apaisé par le chant des émotions. Opaline marchait juste derrière lui, silencieuse, attentive à chaque frémissement des feuilles.

Ils débouchèrent bientôt dans un bosquet étrange. Les arbres y étaient plus espacés, leurs troncs lisses et clairs, et leurs branches formaient des cercles parfaits autour de petites clairières. On aurait dit des pièces naturelles, chacune délimitée par des racines qui dessinaient des frontières douces mais visibles.

Nougat s’arrêta, intrigué.
On dirait que chaque arbre garde son propre espace…

Opaline hocha la tête.
C’est le Bosquet des Limites. Ici, chaque être a son territoire, son cercle, son espace personnel. C’est un endroit où l’on apprend à dire “stop”, “pas ici”, “pas comme ça”.

Nougat observa les racines qui formaient des lignes sinueuses.
Mais pourquoi les arbres ont besoin de ça ?

Parce que même les arbres ont besoin de se protéger, répondit Opaline. Leurs racines ne doivent pas être écrasées. Leur écorce ne doit pas être blessée. Ils ont besoin d’espace pour grandir, respirer, s’étendre. Comme nous.

Un petit arbre, plus jeune que les autres, fit frémir ses feuilles en entendant leurs voix. Ses branches se rapprochèrent légèrement de son tronc, comme s’il se recroquevillait.

Nougat s’approcha doucement.
Il a peur ?

Il est prudent, corrigea Opaline. Certains êtres aiment qu’on s’approche vite. D’autres préfèrent qu’on prenne le temps. Ce petit arbre n’aime pas qu’on entre dans son cercle sans prévenir.

Nougat recula d’un pas.
Je ne voulais pas lui faire peur…

Le jeune arbre déploya alors une branche timide vers lui, comme pour dire qu’il avait compris.

Opaline sourit.
Tu vois ? Quand on respecte les limites des autres, ils s’ouvrent plus facilement.

Ils continuèrent d’avancer. Dans chaque clairière, les arbres semblaient raconter une histoire différente :

  • certains avaient des cercles très larges, comme s’ils avaient besoin de beaucoup d’espace pour se sentir bien

  • d’autres avaient des cercles minuscules, serrés contre leur tronc

  • certains laissaient entrer la lumière

  • d’autres préféraient l’ombre

Nougat regardait tout cela avec fascination.
Et nous, on a aussi des cercles comme ça ?

Oui, répondit Opaline. Chacun a un espace autour de lui. Un espace invisible, mais très réel. Quand quelqu’un entre dedans sans demander, on peut se sentir mal à l’aise, surpris, ou même en colère. Ce n’est pas de la méchanceté. C’est notre corps qui dit : “J’ai besoin de me sentir en sécurité.”

Nougat réfléchit.
Parfois, j’aime qu’on me fasse un câlin. Et parfois, je n’ai pas envie du tout. Même si c’est quelqu’un que j’aime.

C’est normal, dit Opaline. Les limites changent selon les moments, les émotions, les situations. Et on a le droit de les dire. On a le droit de dire “pas maintenant”, “je n’aime pas ça”, “je préfère être seul”.

Un grand arbre au tronc argenté fit alors tomber une feuille juste devant eux. Elle brillait comme une petite étoile.

Opaline la ramassa du bout de la patte.
Cet arbre enseigne une leçon importante : les limites ne sont pas des murs. Ce sont des portes. On peut les ouvrir ou les fermer. Mais c’est nous qui décidons.

Nougat sentit quelque chose se réchauffer dans sa poitrine.
Et si quelqu’un n’écoute pas quand je dis non ?

Opaline posa sa queue contre la sienne.
Alors ce n’est pas toi le problème. C’est l’autre qui doit apprendre. Dire non est un droit. Et personne ne peut t’enlever ce droit.

Le bosquet sembla s’illuminer d’un éclat doux, comme si les arbres approuvaient ces mots.

Nougat inspira profondément.
Je crois que je comprends. Mes limites, c’est ce qui me protège. Et les limites des autres, c’est ce qui les protège eux.

Exactement, répondit Opaline. Et quand chacun respecte les limites de chacun, le Jardin devient un endroit où tout le monde peut grandir en paix.

Ils quittèrent le bosquet, laissant derrière eux les arbres silencieux qui veillaient sur leurs cercles sacrés.

Le Jardin avait encore d’autres secrets à leur révéler.


🍂 Chapitre 5 — La Clairière des Différences

Le chemin s’élargissait peu à peu, comme si le Jardin voulait offrir plus d’espace à Nougat et Opaline. Après le Bosquet des Limites, où chaque arbre protégeait son cercle sacré, l’atmosphère changeait encore. L’air devenait plus léger, plus ouvert, presque joyeux. On entendait des bruissements variés, des murmures, des rires discrets, comme si mille petites voix conversaient ensemble.

Ils débouchèrent alors dans une vaste clairière. Elle était différente de toutes celles qu’ils avaient vues jusque‑là. Les fleurs y poussaient dans un désordre magnifique : grandes, petites, rondes, pointues, colorées, pâles, parfumées ou discrètes. Certaines se penchaient vers le soleil, d’autres préféraient l’ombre. Certaines s’ouvraient largement, d’autres restaient serrées dans leurs pétales.

Nougat resta bouche bée.
On dirait que rien ne se ressemble ici…

Opaline sourit.
C’est la Clairière des Différences. Ici, chaque être pousse à sa manière, et le Jardin célèbre cette diversité.

Ils avancèrent lentement. Une fleur immense, presque aussi grande qu’un buisson, s’inclina vers eux. À côté d’elle, une minuscule fleur bleue tremblait comme un petit grelot. Plus loin, une fleur aux pétales tordus semblait danser avec le vent, tandis qu’une autre, parfaitement ronde, restait immobile et tranquille.

Elles sont toutes si… différentes, murmura Nougat.

Oui, répondit Opaline. Et pourtant, elles appartiennent toutes au même Jardin.

Nougat s’approcha d’une fleur aux couleurs éclatantes.
Pourquoi certaines sont si vives et d’autres si discrètes ?

Parce que chacun grandit à sa façon, expliqua Opaline. Certains sont extravertis, d’autres timides. Certains aiment être entourés, d’autres préfèrent la solitude. Certains montrent facilement leurs émotions, d’autres les gardent à l’intérieur. Et tout cela est normal.

Une fleur rose pâle se pencha vers Nougat, comme pour lui confier un secret.
Regarde celle‑ci, dit Opaline. Elle aime qu’on l’observe. Elle s’ouvre grand quand quelqu’un approche.

Nougat sourit.
Elle n’a pas peur d’être vue.

Non. Mais regarde celle‑là.
Opaline désigna une petite fleur blanche qui se refermait dès qu’un souffle de vent la touchait.
Elle, au contraire, préfère rester discrète. Elle n’aime pas qu’on la regarde trop longtemps. Et c’est très bien aussi.

Nougat réfléchit.
Alors… il n’y a pas une seule bonne façon d’être ?

Exactement, répondit Opaline. Il n’y a pas une seule manière d’aimer, de ressentir, de grandir. Certains aiment fort et vite. D’autres doucement et lentement. Certains montrent leur affection en se collant, d’autres en restant proches sans toucher. Certains sont très sensibles, d’autres plus réservés. Le Jardin nous apprend que toutes ces façons d’être sont belles.

Ils continuèrent d’explorer la clairière. À un moment, Nougat remarqua deux fleurs qui semblaient s’être rapprochées l’une de l’autre, leurs tiges délicatement entremêlées.
Elles s’aiment ? demanda-t-il.

Oui, dit Opaline. Et regarde là-bas : ces deux fleurs-là s’aiment aussi, mais elles ne se touchent pas. Elles se contentent de pousser côte à côte. Et plus loin, cette fleur aime le soleil, tandis que celle-ci préfère l’ombre. Chacun a sa manière d’aimer, de se lier, de se sentir bien.

Nougat sentit une chaleur douce dans sa poitrine.
Alors… on peut aimer différemment, et c’est quand même de l’amour ?

Bien sûr, répondit Opaline. L’amour n’a pas une seule forme. Il peut être tendre, discret, joyeux, silencieux, éclatant, timide. Il peut être entre amis, entre familles, entre êtres très différents. Ce qui compte, c’est le respect, la douceur, et la liberté de chacun.

Une brise légère passa, faisant danser toutes les fleurs ensemble.
Elles étaient différentes, mais elles formaient un même mouvement, une même harmonie.

Nougat sourit.
Je crois que j’aime cette clairière. Elle me fait me sentir… moi.

Opaline posa doucement sa tête contre la sienne.
C’est parce que tu y as ta place, comme chaque fleur ici. Le Jardin te montre que tu n’as pas besoin d’être comme les autres pour être bien. Tu as le droit d’être toi, avec tes couleurs, tes envies, tes façons d’aimer.

Ils restèrent un moment à contempler la diversité autour d’eux. Puis, quand le vent se calma, Opaline se leva.

Viens, Nougat. Le Jardin a encore un secret à nous montrer.

Et ils quittèrent la clairière, emportant avec eux la certitude que la différence n’est jamais un défaut, mais une richesse.


🌬️ Chapitre 6 — Le Vent des Premiers Frissons

Le Jardin devenait plus vaste à mesure que Nougat et Opaline avançaient. Après la Clairière des Différences, où chaque fleur affirmait sa propre manière d’être, le sentier se fit plus aérien. Les herbes se courbaient doucement, comme si elles saluaient un visiteur invisible. L’air vibrait d’une énergie nouvelle, légère, presque chatouillante.

Un souffle passa soudain entre les arbres, si doux qu’il fit frissonner Nougat de la tête à la queue.

Oh ! s’exclama-t-il. Qu’est-ce que c’était ?

Opaline leva les yeux vers les branches qui ondulaient.
Le Vent des Premiers Frissons. Il apparaît quand quelque chose d’inattendu se réveille en nous.

Nougat cligna des yeux.
Inattendu ? Comme quoi ?

Comme une émotion qui surprend. Une admiration, une tendresse, un élan qu’on ne comprend pas tout de suite. Ce vent parle de ces sensations nouvelles qui arrivent quand on grandit.

Le vent revint, plus joueur cette fois. Il tourbillonna autour d’eux, soulevant quelques feuilles dorées qui se mirent à danser. Nougat les suivit du regard, fasciné.

On dirait qu’il veut nous montrer quelque chose…

Oui, répondit Opaline. Le Vent des Premiers Frissons ne pousse jamais sans raison. Il accompagne les moments où l’on ressent quelque chose de doux, de troublant, ou de mystérieux. Pas quelque chose de dangereux. Juste… quelque chose de nouveau.

Ils avancèrent dans une zone où les arbres étaient plus espacés. Le vent y circulait librement, dessinant des spirales dans la poussière lumineuse du sol. Par moments, il semblait murmurer, comme s’il portait des secrets.

Nougat sentit un autre frisson lui parcourir l’échine.
Je ressens… quelque chose. Pas de la peur. Pas vraiment de la joie non plus. C’est… bizarre.

Opaline s’assit près de lui.
C’est normal. Parfois, on ressent un frisson quand on voit quelque chose de beau, ou quand on pense à quelqu’un qu’on apprécie. Parfois, c’est juste une émotion qui n’a pas encore de nom. Le Vent des Premiers Frissons nous apprend que ces sensations ne sont pas des erreurs. Elles sont des signes que notre cœur s’éveille.

Nougat réfléchit.
Comme quand je regarde les étoiles et que j’ai l’impression qu’elles me parlent ?

Exactement.
Opaline sourit.
Ou comme quand tu admires une fleur sans savoir pourquoi elle te touche autant. Ou quand tu te sens tout chaud à l’intérieur sans raison précise.

Le vent souffla à nouveau, plus fort, mais toujours doux. Il fit vibrer les herbes, qui se mirent à chanter une mélodie légère. Nougat ferma les yeux.
C’est agréable…

Parce que ces premiers frissons sont là pour t’aider à te connaître, dit Opaline. Ils ne te disent pas quoi faire. Ils te disent seulement : “Tu changes, tu grandis, tu ressens.”

Le vent se calma un instant, puis reprit, comme s’il voulait jouer. Il souleva une plume blanche qui se posa devant Nougat.

Un cadeau ? demanda-t-il.

Une invitation, répondit Opaline. Le Vent t’offre cette plume pour te rappeler que les émotions nouvelles sont légères. Elles ne doivent pas te faire peur. Elles viennent, elles repartent, elles reviennent autrement. Elles t’apprennent à écouter ton cœur.

Nougat prit la plume entre ses dents, délicatement.
Alors… je n’ai pas besoin de comprendre tout de suite ce que je ressens ?

Non, dit Opaline. Tu as juste besoin d’accueillir ces sensations avec douceur. Elles ne te demandent pas de réponse. Elles te demandent seulement d’exister.

Le vent souffla une dernière fois, comme un au revoir, puis s’éloigna entre les arbres, laissant derrière lui une traînée de lumière.

Nougat se sentit plus léger, comme si quelque chose en lui s’était ouvert sans qu’il s’en rende compte.

Je crois que je suis prêt pour la suite, dit-il.

Opaline hocha la tête.
Le Jardin le sait. Et il t’attend.

Ils reprirent le chemin, la plume blanche flottant doucement dans la gueule de Nougat, comme un petit secret qu’il garderait précieusement.

🌾 Chapitre 7 — La Prairie des Secrets Bien Gardés

Le Jardin s’ouvrait maintenant sur un espace vaste et lumineux. Après le Vent des Premiers Frissons, qui avait laissé Nougat songeur et Opaline apaisée, ils arrivèrent dans une prairie si douce qu’on aurait dit un tapis de velours. L’herbe y était haute, souple, et ondulait comme une mer verte sous la lumière du soleil.

Nougat s’y enfonça jusqu’au ventre, surpris par la sensation.
On dirait que l’herbe nous enveloppe…

C’est la Prairie des Secrets Bien Gardés, expliqua Opaline. Ici, le Jardin enseigne ce qu’on garde pour soi, ce qu’on partage, et comment choisir à qui confier ses pensées les plus précieuses.

Nougat leva les yeux.
Des secrets ? Comme des choses qu’on ne dit à personne ?

Opaline hocha la tête.
Oui. Tout le monde a des secrets. Certains sont petits comme des graines. D’autres sont grands comme des arbres. Certains font sourire, d’autres font un peu peur. Mais tous méritent d’être traités avec douceur.

Ils avancèrent entre les herbes qui frémissaient à leur passage. Par endroits, de petites lueurs apparaissaient, comme des lucioles immobiles. Nougat s’en approcha et vit qu’il s’agissait de gouttes de rosée suspendues à des brins d’herbe, chacune renfermant une couleur différente.

Qu’est-ce que c’est ?

Ce sont les Secrets du Jardin, répondit Opaline. Chaque goutte représente une pensée qu’un être a gardée pour lui. Certaines brillent fort, d’autres à peine. Certaines sont lourdes, d’autres légères.

Nougat observa une goutte dorée qui vibrait doucement.
Et pourquoi elles restent ici ?

Parce que le Jardin sait que tout ne doit pas être dit. Certains secrets appartiennent à celui qui les porte. Ils sont là pour l’aider à grandir, à réfléchir, à se connaître. Mais d’autres secrets deviennent trop lourds quand on les garde seul. Alors le Jardin les garde ici, pour les alléger.

Nougat s’assit, pensif.
Moi aussi, j’ai des choses que je ne dis pas…

Opaline s’approcha.
Tout le monde en a. Et ce n’est pas un problème. Ce qui compte, c’est de savoir reconnaître les secrets qui protègent… et ceux qui enferment.

Une brise légère passa, faisant vibrer les gouttes de rosée. Certaines s’illuminèrent davantage, d’autres se dissipèrent comme de petites bulles.

Regarde, dit Opaline. Quand un secret est trop lourd, il cherche à s’envoler. Cela veut dire qu’il a besoin d’être partagé avec quelqu’un de confiance.

Nougat baissa les yeux.
Et si on a peur de le dire ?

Alors on peut attendre. Ou choisir quelqu’un qui écoute sans juger. Un ami, un parent, un être de confiance. Le Jardin nous apprend que les secrets ne doivent jamais faire mal. Ils doivent protéger, pas blesser.

Ils marchèrent encore un peu. Au centre de la prairie se trouvait un cercle d’herbes plus hautes, presque argentées. Elles formaient une sorte de nid naturel.

C’est l’endroit où l’on dépose les secrets trop lourds, expliqua Opaline. Le Jardin les transforme en lumière, puis en sagesse.

Nougat s’approcha du cercle.
On peut en déposer un ?

Opaline le regarda avec douceur.
Seulement si tu en ressens le besoin. Rien n’est obligé ici.

Nougat réfléchit longuement. Puis il ferma les yeux et posa une patte sur l’herbe argentée. Une petite lueur s’échappa de son pelage, comme un souffle. Elle se posa dans le cercle, scintilla, puis disparut.

Opaline ne demanda rien.
Le Jardin non plus.

Nougat rouvrit les yeux, plus léger.
Je crois que ça m’a fait du bien.

C’est pour cela que la Prairie existe, dit Opaline. Pour rappeler que certains secrets peuvent rester en nous… et que d’autres ont besoin d’être confiés, pour que le cœur respire mieux.

Ils quittèrent la prairie, laissant derrière eux les herbes ondulantes et les gouttes de rosée qui continuaient de briller doucement.

Le Jardin les guidait toujours, pas à pas, vers une meilleure connaissance d’eux-mêmes.


🌙 Chapitre 8 — La Nuit des Questions Douces

Le jour déclinait lentement sur le Jardin des Secrets. Les couleurs vives de l’après‑midi se transformaient en teintes mauves et argentées. Les ombres s’allongeaient, les fleurs refermaient leurs pétales, et un calme profond s’installait. Nougat et Opaline marchaient côte à côte, leurs silhouettes se découpant dans la lumière du crépuscule.

La nuit, dans le Jardin, n’était jamais inquiétante. Elle était douce, enveloppante, comme une couverture chaude posée sur le monde. Les lucioles commençaient à s’allumer une à une, formant un ciel étoilé au ras du sol.

Nougat leva les yeux vers les premières étoiles.
La nuit me fait toujours penser… à plein de choses en même temps.

Opaline sourit.
C’est normal. La nuit est le moment où les questions se réveillent. Celles qu’on n’a pas osé poser le jour. Celles qui chatouillent le cœur sans faire de bruit.

Ils s’arrêtèrent près d’un grand arbre au tronc sombre. Ses branches formaient une voûte protectrice, et à son pied, un tapis de mousse semblait les inviter à s’asseoir. Nougat s’y installa, la queue enroulée autour de lui.

Opaline… est‑ce que toi aussi, parfois, tu te poses des questions étranges ?

Tout le temps, répondit-elle en s’asseyant à son tour. Les questions sont comme des petites étoiles : elles brillent pour nous guider, même si on ne comprend pas tout de suite leur lumière.

Nougat hésita un instant.
Parfois, je me demande pourquoi je ressens certaines choses. Pourquoi je suis gêné sans raison. Pourquoi mon cœur bat plus vite quand je vois quelque chose de beau. Pourquoi je me sens différent d’un jour à l’autre.

Opaline hocha la tête.
Ce sont des questions douces. Elles ne font pas mal, mais elles surprennent. Elles apparaissent quand on grandit, quand on découvre son corps, ses émotions, ses envies, ses limites. Elles sont là pour t’aider à te connaître.

Le vent nocturne passa entre les branches, faisant tomber quelques pétales argentés qui se posèrent autour d’eux comme de petites plumes.

Mais… si je ne trouve pas les réponses ? demanda Nougat.

Alors tu continues de chercher, dit Opaline. Les réponses ne viennent pas toutes d’un coup. Certaines arrivent avec le temps. D’autres se transforment. Et certaines n’ont pas besoin d’être complètement comprises pour être acceptées.

Une luciole se posa sur la patte de Nougat. Elle brillait doucement, comme un minuscule cœur battant.

Regarde, dit Opaline. Chaque luciole représente une question. Certaines brillent fort, d’autres faiblement. Mais aucune n’est mauvaise. Elles éclairent ton chemin.

Nougat observa la luciole qui clignotait lentement.
Alors… je peux poser toutes les questions que je veux ? Même celles qui me gênent ?

Bien sûr, répondit Opaline. Les questions gênantes sont souvent les plus importantes. Elles parlent de ton intimité, de ton corps, de tes émotions. Elles méritent d’être accueillies avec douceur, pas avec honte.

Nougat se détendit un peu.
Et si quelqu’un se moque de mes questions ?

Opaline posa sa queue contre la sienne.
Alors cette personne n’est pas prête à écouter. Les questions douces doivent être confiées à ceux qui respectent ton jardin intérieur. Ceux qui savent que grandir, c’est parfois se sentir perdu. Ceux qui répondent avec patience, pas avec jugement.

Le silence de la nuit les enveloppa.
Au loin, un hibou hulula doucement, comme pour approuver.

Nougat ferma les yeux un instant.
Je crois que j’aime la nuit. Elle me fait sentir… moins seul avec mes pensées.

Parce que la nuit écoute, murmura Opaline. Elle ne parle pas, elle ne juge pas. Elle accueille. Et elle te rappelle que toutes les questions ont leur place, même celles que tu n’oses pas dire à voix haute.

Ils restèrent là, sous l’arbre protecteur, entourés de lucioles et de pétales argentés.
La Nuit des Questions Douces veillait sur eux, patiente et bienveillante.

Et le Jardin, silencieux, semblait leur dire :
Continuez. Vous êtes sur le bon chemin.


🌟 Chapitre 9 — Le Sentier du Respect de Soi

La nuit s’était retirée doucement, laissant place à une aurore pâle qui glissait entre les branches. Nougat et Opaline reprirent leur marche, encore enveloppés par la douceur des questions de la veille. Le Jardin semblait les guider vers un nouveau lieu, plus calme encore, comme si le silence lui-même voulait leur parler.

Le sentier qu’ils empruntaient était étroit, bordé de petites pierres blanches parfaitement alignées. À mesure qu’ils avançaient, Nougat remarqua que chaque pierre brillait d’une lumière différente : certaines dorées, d’autres argentées, d’autres encore d’un bleu profond.

On dirait que les pierres nous montrent le chemin… murmura-t-il.

Opaline hocha la tête.
C’est le Sentier du Respect de Soi. Ici, le Jardin enseigne comment prendre soin de son corps, de son cœur, et de son espace intérieur.

Nougat ralentit, intrigué.
Prendre soin de soi… comme se laver, se reposer, manger ?

Oui, mais pas seulement, répondit Opaline. Prendre soin de soi, c’est aussi écouter ce que ton corps te dit. C’est respecter tes besoins, tes envies, tes limites. C’est savoir dire “j’ai besoin d’une pause”, “je ne suis pas à l’aise”, ou “je préfère autrement”.

Ils arrivèrent devant une grande pierre plate, posée au centre d’une petite clairière. Elle était lisse comme un miroir, et lorsqu’ils s’en approchèrent, une image se forma à sa surface : celle d’un chaton roux, timide, qui se recroquevillait légèrement.

Nougat cligna des yeux.
C’est… moi ?

C’est une partie de toi, dit Opaline. La partie qui doute, qui se sent fragile, qui a besoin d’être protégée. Le Jardin te montre que cette partie mérite autant de respect que la partie courageuse ou joyeuse.

La pierre changea d’image. On y vit maintenant un chaton qui repoussait doucement une patte trop insistante, sans agressivité, mais avec fermeté.

Regarde, dit Opaline. Dire non, c’est aussi se respecter. Ce n’est pas être méchant. C’est prendre soin de ton espace intérieur.

Nougat observa la scène, pensif.
Parfois, j’ai peur de dire non. J’ai peur de décevoir.

C’est normal, répondit Opaline. Mais ton bien-être compte. Ton corps t’appartient. Tes émotions t’appartiennent. Tu as le droit de choisir ce qui te fait du bien, et ce qui ne te convient pas.

La pierre montra alors une autre image : un chat qui se tenait droit, fier, entouré d’une lumière douce.

Et ça ? demanda Nougat.

C’est toi quand tu te respectes, dit Opaline. Quand tu écoutes ton cœur, quand tu prends soin de toi, quand tu te traites avec douceur. Le respect de soi, c’est comme une lumière intérieure. Plus tu l’écoutes, plus elle brille.

Nougat sentit quelque chose se réchauffer dans sa poitrine.
Alors… je peux dire ce que je ressens, même si c’est difficile ?

Oui, répondit Opaline. Et tu peux aussi te protéger, te reposer, demander de l’aide, ou t’éloigner de ce qui te met mal à l’aise. Le respect de soi, c’est un chemin que chacun apprend à suivre.

Le sentier se mit à scintiller davantage, comme s’il approuvait leurs paroles. Les pierres brillaient maintenant d’une lumière douce et régulière.

Nougat inspira profondément.
Je crois que je veux continuer à apprendre. Le Jardin m’aide à me comprendre… et à me respecter.

Opaline posa sa tête contre la sienne.
Et je marcherai avec toi, pas à pas.

Ils quittèrent la clairière, le cœur plus léger, la lumière intérieure de Nougat un peu plus vive qu’avant.

Le Jardin les attendait déjà pour la suite.


🌤️ Chapitre 10 — La Colline du Courage Intérieur

Le matin se levait doucement sur le Jardin des Secrets. Une lumière dorée glissait sur les feuilles, réveillant les couleurs encore endormies. Nougat et Opaline marchaient depuis un moment déjà, guidés par un sentier qui montait légèrement. Devant eux se dressait une petite colline, douce et arrondie, comme un coussin posé au milieu du paysage.

Nougat plissa les yeux.
On dirait que le Jardin veut qu’on grimpe…

Opaline hocha la tête.
C’est la Colline du Courage Intérieur. On y vient quand on a appris à se respecter, à écouter ses émotions, à comprendre ses limites… et qu’il est temps de découvrir la force qui vit en soi.

Nougat regarda la pente. Elle n’était pas très haute, mais elle semblait impressionnante.
Je ne suis pas sûr d’être assez courageux pour monter…

Opaline posa doucement sa queue contre la sienne.
Le courage, ce n’est pas ne jamais avoir peur. C’est avancer même quand on a un peu peur. Et tu n’es pas seul.

Ils commencèrent à grimper. Le sol était couvert d’une herbe douce qui amortissait leurs pas. À mesure qu’ils montaient, Nougat sentit son cœur battre plus vite. Pas seulement à cause de l’effort, mais aussi à cause d’une sensation étrange : comme si quelque chose en lui se réveillait.

Opaline… pourquoi j’ai l’impression que mon ventre fait des vagues ?

Parce que le courage vit là, répondit-elle. Dans cet endroit où la peur et la force se rencontrent. Le Jardin veut te montrer que tu as déjà tout ce qu’il faut en toi.

Ils arrivèrent à mi‑chemin. Le vent se leva, léger mais déterminé. Il portait une odeur de terre chaude et de fleurs sauvages. Nougat s’arrêta, hésitant.

Et si je n’y arrive pas ?

Opaline s’assit à côté de lui.
Alors tu essaieras encore. Le courage n’est pas un sommet à atteindre. C’est un chemin qu’on emprunte, même lentement. Même en tremblant.

Nougat inspira profondément.
Puis il reprit la marche.

Plus ils montaient, plus la lumière devenait claire. Le Jardin semblait les encourager : les herbes frémissaient, les oiseaux chantaient, et même les pierres semblaient briller pour éclairer leur route.

Enfin, ils atteignirent le sommet.

La vue était immense. On voyait le Ruisseau des Émotions serpenter comme un ruban, la Prairie des Secrets onduler doucement, la Clairière des Différences éclater de couleurs, et le Bosquet des Limites veiller en silence. Tout le Jardin s’étendait devant eux, vivant, vibrant, bienveillant.

Nougat resta bouche bée.
C’est… magnifique.

Opaline sourit.
C’est ton chemin. Tout ce que tu as traversé, tout ce que tu as compris, tout ce que tu as ressenti… tout cela t’a mené ici.

Nougat sentit une chaleur douce dans sa poitrine.
Alors… le courage, c’est de continuer à avancer, même quand on ne comprend pas tout ?

Oui, répondit Opaline. C’est accepter de grandir. C’est accueillir les changements, les émotions, les questions. C’est se dire : “Je ne sais pas encore, mais j’apprendrai.”

Le vent souffla plus fort, comme pour les envelopper.
Nougat ferma les yeux.
Il se sentit grand.
Pas dans son corps, mais dans son cœur.

Opaline… je crois que je suis fier de moi.

Tu peux l’être, dit-elle doucement. Le courage intérieur est une lumière qui ne s’éteint jamais. Elle grandit avec toi.

Ils restèrent un moment au sommet, savourant la vue, la lumière, et la paix qui les entourait.

Puis Opaline se leva.
Le Jardin n’a pas encore fini de nous parler. Il reste d’autres chemins à découvrir.

Nougat hocha la tête, prêt à continuer.


🌈 Chapitre 11 — Le Pont des Rencontres

Après avoir quitté la Colline du Courage Intérieur, Nougat et Opaline descendirent vers une zone du Jardin qu’ils n’avaient encore jamais explorée. Le sol devenait plus souple, presque moelleux, et l’air vibrait d’une énergie nouvelle, comme si quelque chose d’important se préparait.

Devant eux apparut un pont. Pas un pont ordinaire : il était fait de branches tressées, de pétales séchés, de fils de lumière et de petites pierres colorées. Il semblait flotter légèrement au-dessus du sol, comme suspendu par la confiance elle-même.

Nougat s’arrêta, impressionné.
On dirait qu’il a été construit par… le Jardin lui-même.

Opaline hocha la tête.
C’est le Pont des Rencontres. On y apprend comment se lier aux autres, comment créer des amitiés, comment accueillir les sentiments qui naissent quand deux chemins se croisent.

Nougat posa une patte sur la première planche. Elle vibra doucement, comme pour lui souhaiter la bienvenue.
Pourquoi un pont ?

Parce que rencontrer quelqu’un, c’est comme traverser un espace entre deux mondes, expliqua Opaline. On avance depuis son propre jardin intérieur, et on tend la patte vers celui de l’autre. Cela demande douceur, écoute, et parfois un peu de courage.

Ils commencèrent à traverser. À chaque pas, le pont changeait de couleur : bleu, rose, vert, doré… comme si chaque nuance représentait une manière de se relier aux autres.

Regarde, dit Opaline. Le bleu, c’est la confiance. Le rose, la tendresse. Le vert, la curiosité. Le doré, la joie de partager.

Nougat observa les couleurs qui se succédaient sous ses pattes.
Et si on a peur de traverser ?

Alors on avance lentement, répondit Opaline. Rencontrer quelqu’un, c’est parfois intimidant. On se demande si l’autre nous comprendra, si on sera accepté, si nos différences seront respectées. Mais le pont nous rappelle que chaque rencontre est une possibilité, pas une obligation.

Au milieu du pont, ils s’arrêtèrent. Là, une petite plateforme circulaire s’ouvrait, entourée de fleurs lumineuses. Elles s’ouvraient et se refermaient au rythme du vent, comme des cœurs qui respirent.

Ici, dit Opaline, le Jardin montre comment naissent les liens. Parfois, on rencontre quelqu’un et on se sent immédiatement bien. Parfois, il faut du temps. Parfois, on s’éloigne. Parfois, on se retrouve. Et tout cela est normal.

Nougat s’assit, pensif.
Moi, j’aime beaucoup être avec toi, Opaline. Je me sens… en sécurité.

Opaline posa doucement sa tête contre la sienne.
Et moi, j’aime être avec toi. Nos chemins se complètent. Mais tu rencontreras d’autres êtres, Nougat. Certains te feront rire. D’autres te toucheront. D’autres encore te feront réfléchir. Chaque rencontre t’apprendra quelque chose sur toi-même.

Le pont vibra légèrement, comme pour approuver.

Et si quelqu’un ne m’aime pas ? demanda Nougat d’une voix plus basse.

Alors ce n’est pas grave, répondit Opaline. On ne peut pas plaire à tout le monde. Et tout le monde ne peut pas entrer dans notre jardin intérieur. Ce qui compte, c’est de rester soi-même, et de respecter les jardins des autres.

Une brise passa, faisant danser les fleurs autour d’eux.
Elles semblaient murmurer : Chaque rencontre est un cadeau, même celles qui ne durent pas.

Nougat se releva, le cœur plus léger.
Je crois que je comprends. Les rencontres, c’est comme des ponts : certains sont courts, d’autres longs, certains solides, d’autres fragiles… mais tous nous font avancer.

Exactement, dit Opaline. Et le plus beau, c’est que tu peux choisir les ponts que tu veux traverser.

Ils reprirent leur marche et atteignirent l’autre côté du pont.
Le Jardin les accueillit avec une lumière douce, comme s’il leur disait : Vous êtes prêts pour la suite.


🌅 Chapitre 12 — Le Cœur du Jardin

Nougat et Opaline marchaient depuis longtemps déjà. Le Jardin semblait les guider vers un lieu particulier, un lieu qu’ils n’avaient encore jamais aperçu. L’air devenait plus tiède, presque vibrant, comme si chaque brin d’herbe retenait son souffle. Les arbres se rapprochaient les uns des autres, formant une sorte de couloir naturel, doux et protecteur.

Au bout de ce passage, une lumière dorée filtrait, pulsant comme un cœur qui bat.

Nougat ralentit.
On dirait que… quelque chose nous attend.

Opaline sourit doucement.
Oui. Nous approchons du Cœur du Jardin. L’endroit où tout commence… et où tout se comprend.

Ils franchirent le dernier rideau de feuilles.

Devant eux s’ouvrait une clairière ronde, parfaite, baignée d’une lumière chaude. Au centre, une grande fleur, immense, majestueuse, se dressait. Ses pétales étaient d’un blanc nacré, mais traversés de reflets changeants : rose, bleu, vert, or… comme si toutes les couleurs du Jardin y vivaient ensemble.

La fleur respirait.
Lentement.
Paisiblement.

Nougat resta immobile, émerveillé.
C’est… magnifique.

C’est le Cœur du Jardin, murmura Opaline. Il représente tout ce que tu as découvert : ton corps qui change, tes émotions, ta pudeur, tes limites, tes différences, ton courage, tes rencontres… Tout cela vit ici, dans cette fleur.

Nougat s’approcha, fasciné.
Pourquoi elle change de couleur ?

Parce que tu changes aussi, répondit Opaline. Chaque couleur est une partie de toi. Une émotion, une pensée, une question, un souvenir. Le Jardin ne te demande pas de choisir une seule couleur. Il t’invite à accepter que tu en as plusieurs.

La fleur s’ouvrit légèrement, comme pour les accueillir. Une brise douce se leva, portant un parfum léger, presque familier.

Opaline… est‑ce que tout le monde a un Cœur du Jardin en lui ?

Oui, dit-elle. Chaque être porte un espace intérieur où tout se mélange : la joie, la peur, la curiosité, la tendresse, la gêne, la fierté… Grandir, c’est apprendre à écouter ce cœur. À le respecter. À le laisser s’ouvrir à son rythme.

Nougat s’assit devant la fleur.
Il sentit quelque chose bouger en lui.
Pas une douleur.
Pas une inquiétude.
Une chaleur.
Une lumière.

Je crois que je comprends… murmura-t-il. Je n’ai pas besoin d’être parfait. Je n’ai pas besoin de tout savoir. Je dois juste… apprendre à me connaître.

Opaline posa sa tête contre la sienne.
Exactement. Le Jardin t’a montré des chemins, mais le plus important, c’est celui que tu continues de tracer toi-même.

La grande fleur s’ouvrit encore un peu plus, révélant un cœur lumineux, doux comme une étoile. Une pluie de petites étincelles s’en échappa et vint se poser sur Nougat et Opaline. Elles ne brûlaient pas. Elles réchauffaient. Elles rassuraient.

Nougat ferma les yeux.
Il se sentit entier.
Fort.
Paisible.

Quand il les rouvrit, la fleur se referma doucement, comme si elle leur disait : Vous pouvez partir maintenant. Vous avez compris.

Opaline se leva.
Le Jardin ne disparaîtra jamais, Nougat. Il vivra en toi. Chaque fois que tu te poseras une question, que tu ressentiras quelque chose de nouveau, que tu douteras ou que tu seras fier… tu pourras revenir ici, dans ton cœur.

Nougat sourit.
Et toi, tu seras là aussi ?

Toujours, répondit-elle.

Ils quittèrent la clairière, laissant derrière eux la grande fleur qui brillait encore doucement. Le Jardin semblait plus vaste, plus clair, plus familier qu’avant. Comme si chaque pas qu’ils avaient fait avait ouvert un chemin intérieur.

En marchant, Nougat sentit la plume blanche qu’il avait gardée glisser contre son flanc.
Il la regarda.
Elle brillait légèrement.

Il comprit alors que le Jardin ne lui avait pas seulement appris des choses.
Il lui avait donné un trésor :
la connaissance de lui-même.

Et cela, il le garderait pour toujours.

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